Pavane au fil du temps

SILVERBERG Robert

Article publié le dimanche 30 décembre 2007 par Cyrallen

Quatrième de couverture :

Bhengarn le Voyageur avance vers le Lac de Cristal, lieu de sa métamorphose. Long tube argenté animé par deux douzaines de pattes, il marche depuis des centaines d’années. Pourtant, comme les Mangeurs, les Exterminateurs ou les Écumeurs, c’est un être humain… Mikkelsen eut soudain ce goût de coton à la bouche et il sut que Tommy était encore allé bricoler son passé ! Sa première pensée fut : "Janine est-elle encore ma femme ? "…

L’extraterrestre traqué était déguisé en jeune fille de dix-sept ans. Il était cette jeune fille ! Amanda le repéra tout de suite. "Tu t’y prends mal", lui dit-elle…

Le grand retour de Robert Silverberg à la nouvelle. Onze variations vertigineuses et éblouissantes - réunies par Pierre K.Rey - autour de ses thèmes essentiels : l’identité, le temps, le mort et la quête de l’éternel.

L’avis de Cyrallen :

Chacune de ces onze nouvelles vaut le détour, et une fois réunies, elles semblent se compléter pour fournir un panel d’histoires montrant la diversité de moyens auxquels peut faire appel la Science-fiction pour développer ses thèmes les plus classiques.

- Le Temple de Gloire de la Science-fiction : hommage à la SF :)
- Les habitués : discutions dans un bar au-delà de l’espace et du temps…
- L’apogée de la courbe en cloche : ou comment faire du tourisme temporel un vrai cauchemar…
- Idylle : la transmission de pensée constitue-t-elle un progrès viable pour l’homme ?
- Pas notre frère : ou comment faire ressurgir de vieux démons…
- Contre Babylone : quand les E.T débarquent, Los Angeles flambe…
- Dans les crocs de l’entropie : à la poursuite de souvenirs futurs oubliés !
- Amanda et l’extraterrestre : ou comment inviter un E.T à passer un week-end chez soi…
- Multiples : démultiplications de personnalités en série…
- Une aiguille dans une meule de temps : ou comment le "hasard" temporel fait bien les choses…
- Pavane au fil du temps : ou l’avenir de l’homme dans quelques millions d’années…

Extraits :

1- Ma tête est pleine des délires imaginaires des autres : robots, androïdes, vaisseaux spatiaux, ordinateurs géants, sphère d’énergie gloutonnes, faux messies, vrais messies, visiteurs venus de lointaines planètes, machines à voyager dans le temps, annihilateurs gravifiques. Enfoncez mes boutons et je vous offrirai toutes les paraboles des oeuvres de Hartzell de Marcus, les versions les plus pertinentes des joyaux philosophiques empruntés au répertoire des diatribes éditoriales de David Coughlin, ou encore les concepts tirés de mes méditations sur De Soto. Je suis une masse en mouvement d’imagination de seconde main. Je suis la personnification du Temple de Gloire de la Science-Fiction.

2- Ne jamais mourir. Cela fait partie du spectacle. Vivre dans un millier de civilisations encore à venir, voir se dérouler les millénaires futurs, participer par procuration à l’évolution ultime de l’espèce humaine - comment réaliser tous ces projets, si ce n’est dans mes livres et mes revues ? C’est bien là ce qu’ils me procurent : la vie éternelle et une perspective cosmique. Oui, ils m’offrent ce rêve, ne serait-ce que d’une page à l’autre.

3- Le problème qui survient lorsqu’on essaye de considérer la science-fiction comme une littérature adulte est qu’elle s’écarte doublement de nos préoccupations "réelles". Prenez la fiction générale ordinaire, vos Faulkner, Hemingway et autres Dostoïevski, c’est par définition de la matière inventée : déjà un premier écart. Mais au moins découle-t-elle directement de l’expérience, de l’observation de l’univers empirique des phénomènes tangibles et quotidiens. (…) Mais de fait, que penser de la science-fiction, laquelle décrit des situations irréelles se déroulant en des lieux qui n’existent pas et en des ères que nous ne connaîtrons pas ? Est-il concevable de considérer les aventures du Capitaine Zap au LXXXè siècle comme un calque pouvant aider à une découverte de soi ? (…) Ce qui nous donne donc deux évaluations possibles de la science-fiction :
- il s’agit d’une littérature d’évasion, à l’esprit puéril, qui élimine toute connexion avec la vie quotidienne, et n’offre d’utilité qu’en tant que divertissement fonctionnant de façon autonome ;
- ses vertus sont subtiles et difficilement discernables, accessibles seulement à ceux qui ont la capacité et la volonté de pénétrer l’infrastructure expérimentale qui se dissimule derrière ces métaphores grandiloquentes que constituent les empires galactiques et les pouvoirs supranormaux.
Je balance entre les deux attitudes. Et parfois j’embrasse les deux simultanément. (…) Oui, la logique multidimensionnelle. Parfaitement. L’art d’embrasser des thèses contradictoires. "Schizophrénie dynamique" serait peut-être un terme plus expressif, je ne sais pas.

4- Quelquefois, je me laisse aller à ce que je considère comme l’expérience de la science-fiction dans la vie quotidienne. Par exemple, je suis assis à mon bureau en train de taper un rapport, ou transpirant dans le wagon pressurisé d’un métro qui n’en finit pas d’atteindre son terminus, et je ressens alors une espèce de bourdonnement fiévreux et un mouvement ascendant de l’âme analogue à celui que j’éprouvais la fois où j’avais pris de l’acide, et tout à coup je me vois suivant une perspective entièrement nouvelle, tel un visiteur égaré d’un autre temps, d’un autre lieu, seul dans un monde d’êtres étranges qu’on appelle Terriens. Tout me paraît bizarre, déroutant. Je me sens pénétré d’une sensation de dédoublement de la personnalité, d’une impression de déjà-vu, comme si j’avais lu cet épisode du métro dans quelque roman de science-fiction, comme si j’avais rencontré cette image du bureau dans un récit fantastique, bien loin d’ici, et il y a bien longtemps. Ainsi, durant vingt ou trente secondes, le monde réel devient devant moi un univers science-fictionnel. La trame glisse, le texture se déforme. Il m’arrive parfois de penser, lorsque de tels phénomènes surviennent, que c’est plus excitant que de voir un monde imaginaire devenir "réel" par la lecture. Il m’arrive aussi parfois de penser que je me disperse.


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