Le roi des rêves (T7 : Le Cycle de Majipoor)

SILVERBERG Robert

Article publié le dimanche 30 décembre 2007 par Cyrallen

Quatrième de couverture :

Lord Prestimion n’a pas gagné sans mal sa couronne de Coronal. Mais vingt ans plus tard, le Pontife meurt. Prestimion doit lui succéder et descendre dans le Labyrinthe tandis qu’un nouveau Coronal, Dekkeret, le remplacera.

De nouveaux nuages s’amoncellent sur l’avenir de Majipoor. Car Mandralisca, l’âme damnée de Dantyria Sambail, un puissant rebelle contre lequel Prestimion a dû lutter, s’est emparé d’un casque étrange qui permet à distance de contrôler les pensées.

A son tour, le tout nouveau Coronal Dekkeret devra vaincre ses ennemis. Voici la conclusion tant attendue du cycle de Majipoor.

L’avis de Philémont :

Le règne de Prestimion en tant que Coronal est sur le point de s’achever. Il s’apprête donc à laisser la place à Dekkeret pour rejoindre le Labyrinthe en tant que Pontife. Mais dans le même temps une nouvelle (pas si nouvelle que cela en fait…) menace pèse sur Majipoor…

Tel est le point de départ d’une intrigue qui ressemble fort aux précédentes. Mais ne nous y trompons pas : Le roi des rêves présente des qualités qui sont absentes des deux précédents tomes. En premier lieu, ce tome apporte bon nombre d’informations sur la manière dont fonctionnent et se sont mis en place les pouvoirs sur la planète géante ; cela n’était pas arrivé depuis les focus historiques de Chroniques de Majipoor. En second lieu, les personnages sont bien plus fouillés que dans les précédents tomes : les points de vue sont multiples et les personnalités ont de la consistance, ce qui donne indéniablement de la vie au roman.

Le roi des rêves conclut plutôt bien un cycle inégal en qualité. Si la visite touristique de Majipoor dans Le château de Lord Valentin et les focus historiques dans les Chroniques de Majipoor sont réellement très plaisants pour le lecteur, le manque d’épaisseur des personnages, et le temps qui file à toute allure, sont assez déplaisants, et rendent la lecture du cycle trop souvent ennuyeuses. Il n’en demeure pas moins globalement agréable à lire, et il faut savoir que chaque tome peut se lire indépendamment des autres, Robert Silverberg s’attachant à faire de (trop ?) nombreux rappels au fil des pages.

Extraits :

1- Depuis maintenant six mois, Thesme vivait seule dans une hutte qu’elle avait bâtie de ses propres mains, dans la dense jungle tropicale à une dizaine de kilomètres à l’est de Narabal, un lieu que les brises de mer n’atteignaient pas et où l’air lourd et humide collait à tout comme une gangue pelucheuse. Elle n’avait jamais vécu seule auparavant, et au début elle se demanda comment elle allait s’en sortir ; mais elle n’avait jamais non plus bâti de hutte et elle s’était fort bien débrouillée, coupant de jeunes sijaneels à la tige élancée, les dépouillant de leur écorce dorée, fichant dans le sol meuble et humide leur extrémité glissante et appointée, les attachant ensemble avec des lianes et fixant finalement cinq énormes feuilles bleues de vramma pour faire un toit. Ce n’était certes pas un chef-d’oeuvre d’architecture, mais cela protégeait de la pluie et Thesme n’avait pas à se soucier du froid. Au bout d’un mois, ses troncs de sijaneel, bien qu’ils eussent été élagués, avaient tous pris racine et des feuilles nouvelles et résistantes poussaient à leur extrémité supérieure, juste au-dessus du toit ; et les lianes qui les retenaient étaient encore vivantes elles aussi et projetaient des vrilles rouges et charnues qui cherchaient et trouvaient le sol riche et fertile. Ainsi la maison était maintenant une chose vivante, devenant de jour en jour plus confortable et plus solide, à mesure que les lianes se resserraient et que les sijaneels grossissaient, et Thesme l’aimait. A Narabal rien ne restait longtemps mort ; l’air était trop chaud, le soleil trop brillant, les averses trop abondantes, et tout se transformait rapidement en quelque chose d’autre avec l’aisance exubérante et joyeuse des tropiques.

2- Ce doit être ce que nous cherchions, déclara le Skandar, Sudvik Gorn, debout au bord de la falaise, indiquant le bas du coteau escarpé par des mouvements saccadés du bras gauche inférieur. Ils avaient atteint la crête. La roche sous-jacente était fortement effritée à cet endroit, si bien que la piste qu’ils avaient suivie s’achevait sur une parcelle accidentée couverte de graviers verdâtres et acérés, au-delà de laquelle commençait une brusque descente vers une vallée à la végétation dense.
- Le Donjon de Vorthinar, juste en dessous de nous ! Que pourrait être cette construction, sinon le donjon du rebelle ? Il nous sera assez facile de l’embraser, à cette époque de l’année, reprit-il.
- Laissez-moi voir, dit le jeune Thastain. Ma vue est meilleure que la vôtre.
Il tendit impatiemment la main vers la longue-vue que Sudvik Gorn tenait dans son autre main inférieure.
C’était une erreur. Sudvik Gorn adorait tourmenter le garçon, et Thastain venait de lui en donner une nouvelle occasion. Le gigantesque Skandar, qui le dépassait de plus de soixante centimètres, écarta la lunette d’un geste vif, la fit passer à un bras supérieur et l’agita au-dessus de la tête de Thastain avec une espièglerie appuyée. Il arbora un large sourire malveillant, découvrant des dents saillantes.


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