Les monades urbaines

SILVERBERG Robert

Article publié le dimanche 30 décembre 2007 par Cyrallen

Quatrième de couverture :

En l’an 2381, la Terre porte soixante-dix milliards d’êtres humains dont la devise est : Croissez et multipliez. Ils habitent des tours de mille étages, les monades urbaines, et jouissent d’une totale liberté sexuelle. Ils ne quittent jamais leurs villes verticales et explorent rarement un autre étage que le leur. Ils vivent l’utopie, la promiscuité, le bonheur. Qui en doute est malade. Qui est malade est soigné. Qui est incurable est exécuté.

Micael, l’électronicien, rêve pourtant de la Terre du passé, de l’océan, de la nature qu’il a découverts à travers un film vieux d’un siècle. II fuit. Et Jason, l’historien, armé par son savoir contre tous les tabous anciens, redécouvre de son côté un sentiment proscrit, la jalousie.

Les Monades urbaines constitue le chef-d’œuvre incontesté de Robert Silverberg, l’un des plus célèbres et des plus féconds des écrivains américains de science-fiction. II y peint dans le moindre détail un monde de l’avenir, séduisant, terrifiant, vraisemblable.

L’avis de Cyrallen :

Ce roman du "maître" Silverberg est on ne peut plus prenant. L’humanité vit dorénavant dans des tours, les monades. Les milliards d’hommes et de femmes qui y naissent y mourront également, puisqu’au delà de la monade, rien n’existe que des champs à perte de vue, moissonnés par des machines. En effet, pourquoi s’étendre dans un espace à l’horizontale lorsque l’on sait que les ressources vont venir à manquer ? L’augmentation faramineuse de la population est encouragée comme une doctrine par le gouvernement en place, qui demande à chacun de procréer au maximum pour que l’humanité soit toujours en expansion.

La place du couple, centre de toute vie dans la monade, se devine dans l’échelle hiérarchique en fonction l’étage de la monade où ce couple habite : plus il est à un étage élevé, plus il est reconnu socialement.

Dans un tel monde, toute intimité est bannie, la sexualité est au centre de la vie sociale puisqu’il faut "peupler" les monades tant que les ressources de la terre, encore très abondantes, le permettent. Les "visites nocturnes" de chaque individu de chaque couple sont fortement conseillées pour être reconnu socialement, et les enfants naissent par dizaines avec des parents très très jeunes (11 et 13 ans en moyenne). Avoir, très jeune, une famille très nombreuse (10-15 enfants par couple est la norme) est considéré comme tout à fait normal et encouragé.

Un tel univers laisse-t-il la place à l’amour ? Au désir d’intimité ? Aux ambitions d’exploration ? A l’art ?

C’est tour à tour les mésaventures de plusieurs individus de la même monade que Silverberg nous conte de page en page. Ils se rendent à l’évidence, de façon sournoise et à un moment particulier de leur vie, que quelque chose ne leur convient pas, qu’il existe peut-être un autre moyen d’exister que la monade, dominatrice, qui leur offre tout le confort possible mais en y omettant certains éléments essentiels de leur humanité. Ils ne savent pas exactement quoi faire, comment le faire, mais ils le sentent, il faut agir, et tenteront par tous les moyens d’échapper à une société qui ne leur convient plus.

Silverberg brosse une société qui, de prime abord, paraît résoudre tous les problèmes que va rencontrer l’humanité dans les années à venir si elle continue à augmenter en nombre : ressources alimentaires et énergétiques insuffisantes, problèmes de place et de pollution, de stress et de compétition. Mais la solution proposée, la monade, n’est-elle pas un remède pire que le mal ?

Un roman à recommander chaudement aux côté des Dystopies 1984 et Le meilleur des mondes, à ranger donc parmi les classiques, sans toutefois le conseiller à de trop jeunes lecteurs au vu du nombre impressionnant de séquences concernant les "visites nocturnes" dans la monade.

L’avis de F.

Les monades urbaines sont une dystopie (ou anti-utopie ?) dans la lignée du meilleur des mondes d’Huxley, ou du 1984 d’Orwell. Dans ce proche futur, la société à atteint un degré d’évolution proche de la perfection : les crises politiques, les famines, les guerres et la surpopulation appartiennent au passé.

Les hommes habitent d’immenses tours de 1000 étages, les monades urbaines, qui répondent à tous leur besoins. Puisque les frustrations sont néfastes, tous les désirs doivent pouvoir être satisfaits (tant qu’ils ne nuisent pas au système) : la liberté sexuelle par exemple est absolue, nul n’a le droit de refuser les avances de quelqu’un. Les hommes peuvent donc se consacrer à leur devoir sacré : procréer. Un système idéal puisqu’il ne fait que des heureux… ou presque. Les inadaptés, les anomos, sont jetés du haut des bâtiments pour que leur corps servent de combustible…

Ce roman décrit donc cette société déshumanisée, ses rouages et ses contradictions en décrivant le parcours de personnes inadaptées au système. Si cette construction est classique, elle est redoutablement efficace. Mais se rebeller contre un système comme celui ci, est ce rebeller en vain ? Y a t’il une échappatoire possible lorsque l’on est un élément « intrus » ? Un grand classique.

L’avis de Jim :

Dans un futur proche, le monde est plus peuplé que jamais. Les hommes vivent dans d’immenses tours et sont tous identiques, qui n’obéit pas à la morale est exécuté…

A partir d’un contexte qui peut paraître banal, Robert Silverberg tisse autour de ses personnages un univers véritablement terrifiant. Plus terrifiant encore que ses protagonistes, déshumanisés ou désabusés. D’une grande logique, dans un style fluide et concis, le roman, très court, s’installe et décrit ce monde probable et emprunt d’une liberté illusoire. De l’angoissante vision du futur se dégage néanmoins un grand lyrisme et un regard mélancolique et nostalgique vers notre monde, utopique. Du grand Silverberg, plein d’idées novatrices, et d’une poésie troublante. Un roman énorme des années 70, et disponible partout…


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