La voie du cygne

KLOETZER Laurent

Article publié le lundi 21 mars 2011 par Philémont

Quatrième de couverture

Dans la cité de Dvern, capitale du Domaine, règne l’effervescence : Jeophras Denio, le génial et fantasque inventeur, aurait mis au point un merveilleux engin capable — en théorie — d’imiter le vol des oiseaux ! Mais Dvern est soudain en deuil : le prince Nerio de Lethys, cousin de la famille royale, a été assassiné. Et tout accuse Carline, la fille adoptive de Jeophras. Comment l’innocenter ? Dans cette ville perverse aux mille intrigues, où chacun dissimule de sombres secrets, s’improviser détective n’est pas une mince affaire. Une enquête en forme de labyrinthe s’engage, où Jeophras devra suivre les règles tortueuses d’un jeu de l’oie grandeur nature. Où il devra emprunter la difficile voie du cygne…

Né en 1975, Laurent Kloetzer a débuté une prometteuse carrière littéraire avec Mémoire vagabonde, paru aux éditions Mnémos (Prix Julia Verlanger 1998). Situé dans l’univers de la Renaissance imaginaire qui constituait le cadre de son premier roman, La voie du cygne construit une énigme haletante, dont l’efficacité redoutable est dignes des oeuvres d’Umberto Eco ou d’Arturo Perez Reverte.

L’avis de Philémont

La cité de Dvern est dirigée par le prince Melki. Son frère jumeau, Jaran, est à la tête de la petite Dvern, un quartier enclavé dans la cité. Lors d’une soirée organisée par ce dernier, leur cousin, prince de Lethys, est assassiné et tout accuse Carline Denio, une jeune femme impétueuse dont le père adoptif, professeur à l’université de Dvern, s’improvise détective pour prouver son innocence…

L’intrigue de La voie du cygne se veut d’abord policière dans un univers imaginaire inspiré de la Renaissance italienne, avec tout ce que cela implique en termes d’humanisme et de progrès technologiques. Le roman ne s’arrête toutefois pas à cela et s’intéresse également à l’enfance des protagonistes, source des évènements, et à une partie de jeu de l’oie, dont le déroulement aboutira à l’épilogue meurtrier. Cette trame est habilement composée et forme in fine une tapisserie d’une rare densité.

C’est en premier lieu la densité des personnages, tous étant complexes, aucun n’étant exclusivement le représentant du bien ou du mal. C’est à l’image de la famille princière dont chaque membre est possédé par des démons personnels issus d’une enfance douloureuse. C’est également à l’image de la jeune Carline qui, loin de l’héroïne ingénue dont les littératures de l’imaginaire utilisent souvent la figure, participe plus ou moins volontairement au petit jeu pervers qui la conduit à sa difficile situation.

On touche ici à l’autre grande force de La voie du cygne, la très habile exploitation du jeu de l’oie comme toile de fond de son intrigue. De ce jeu linéaire et enfantin, Laurent KLOETZER fait un véritable labyrinthe dont chaque élément est représentatif de l’histoire que vivent les protagonistes de son roman. Bien plus, en y introduisant certains éléments de la mythologie grecque (Astérios le Minotaure, Thésée et Ariane) son parcours en spirale devient une représentation de la vie elle-même.

Tout cela prend place dans une ambiance délicieusement perverse, non dénuée d’humour, ni d’émotions. Quant à la structure du récit, elle est tout simplement exemplaire, à l’image du chapitre consacré à la case quarante-deux dans lequel tous les fils de l’histoire se retrouvent en un même lieu, le coeur du labyrinthe. Voilà donc une lecture hautement recommandée et un auteur à suivre attentivement.


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