Un visage pour l’éternité

LEWIS Clive Staples

Article publié le samedi 29 décembre 2007 par Cyrallen

Quatrième de couverture :

Le roi de Glome a trois filles. L’aînée, Orual, est fort laide, et porte une affection démesurée à Istra, la benjamine, la plus belle et la plus douce créature de ce royaume barbare. Mais, victime de l’obscurantisme religieux, cette dernière est sacrifiée au dieu de la Montagne grise. Des années plus tard, Orual est devenue reine, une souveraine crainte et respectée. Meurtrie par les regrets et la solitude, elle se souvient de l’enseignement d’un vieil esclave grec ramené par son père lors d’une campagne, et entreprend le récit de son combat contre les dieux.

Une fantasy âpre, qui rend hommage à la mythologie grecque. Par l’auteur des célèbres Chroniques de Narnia.

L’avis de Philémont :

Avec Un visage pour l’éternité, Clive Staples LEWIS revisite le mythe de Psyché…

Rappelons que ce mythe est issu de la mythologie grecque. Psyché y est une jeune fille d’une grande beauté aimée par Eros. Une nuit, sous l’influence de ses sœurs jalouses, elle allume une lampe, désobéissant au dieu qui lui avait interdit de voir son visage, et Eros la quitte. Elle ne le retrouve qu’au terme d’une longue suite d’aventures. Depuis lors le mythe de Psyché symbolise le destin de l’âme déchue qui, après des épreuves purificatrices, s’unit pour toujours à l’amour divin.

Sous la plume de LEWIS, le mythe est transposé dans un royaume barbare qui n’a que des relations très lointaines avec la Grèce antique. Un esclave originaire de cette région permet toutefois à l’auteur de jouer en permanence sur l’opposition entre les cultes païens et le rationalisme des savants grecs de l’époque. Autre transposition de la part de l’auteur : celle de l’héroïne principale. Il ne s’agit pas de Psyché, pourtant bel et bien présente, mais d’Orual sa sœur aînée. Femme dynamique et intelligente, c’est pourtant sa laideur qui la caractérise le mieux. Elle la rend à la fois solitaire et forte, et la met en opposition complète avec celle qu’elle aime comme une mère aime sa fille, Psyché elle-même.

On en arrive ici à la troisième et plus importante transposition que C.S. LEWIS opère dans son roman : celle de la cause de la perte de Psyché. Il ne s’agit pas d’une banale jalousie entre sœurs, comme c’est le cas dans le conte original, mais de l’amour filial qu’Orual lui voue. Son attachement a pour conséquences qu’elle ne peut accepter que le dieu la lui prenne et qu’elle est prête à tout pour la reprendre. En d’autres termes, ce n’est pas de Psyché qu’Orual est jalouse, mais du dieu lui-même.

C’est donc pour condamner ce dieu qu’à la fin de sa vie Orual décide d’écrire son histoire. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que cette écriture lui fait peu à peu prendre conscience de ses propres erreurs et que ce dont elle est convaincue depuis son plus jeune âge est fallacieux. L’image qu’elle a des évènements s’éclaircit donc progressivement, de même que tombe lentement le masque qu’elle a porté toute sa vie, celui de la passion destructrice. Dès lors Orual obtient le salut, et découvre son véritable visage, celui qu’elle portera désormais et à jamais.

Tel est donc le sujet d’Un visage pour l’éternité qui, on l’aura compris, est un roman à la fois simple et difficile d’accès aux lecteurs. Il est aussi un récit beau et poignant, écrit à la première personne, par Orual comme il se doit, personnage éminemment puissant de par l’humanité qu’il dégage. Souvent présenté comme la meilleure œuvre de fiction de Clive Staples LEWIS, j’irais plus loin encore en affirmant qu’il s’agit tout simplement d’un chef-d’œuvre qu’il serait regrettable de ne pas lire, d’autant plus aujourd’hui qu’il est disponible au plus grand nombre dans un format poche.

Extrait :

Des choses qui suivirent je ne puis dire si elles furent ce que les hommes appellent réelles ou ce qu’ils appellent rêve. Mais voici ce que je peux dire : la seule différence, c’est que nous appelons « réel », ce que beaucoup voient et « rêve » ce qui n’est vu que par un seul. Mais les choses que beaucoup voient peuvent n’avoir en elles ni saveur ni importance, et les choses qui ne sont montrées qu’à un seul peuvent être des flèches ou des cataractes de vérité, jaillies des profondeurs mêmes de la vérité.


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