Les derniers jours du Paradis

WILSON Robert Charles

Article publié le samedi 16 août 2014 par Philémont

Quatrième de couverture

Un roman de science-fiction paranoïaque, haletant, dans la grande tradition du Village des damnés de John Wyndham.

Alors que l’Amérique se prépare à fêter les cent ans de l’Armistice de 1914, un siècle de paix mondiale, d’avancées sociales et de prospérité, Cassie n’arrive pas à dormir. Au milieu de la nuit, elle se lève et va regarder par la fenêtre. Elle remarque alors dans la rue un homme étrange qui l’observe longtemps, traverse la chaussée… et se fait écraser par un chauffard. L’état du cadavre confirme ses craintes : la victime n’est pas un homme mais un des simulacres de l’Hypercolonie, sans doute venu pour les tuer, son petit frère et elle. Encore traumatisée par l’assassinat de ses parents, victimes sept ans plus tôt des simulacres, Cassie n’a pas d’autre solution que de fuir. L’Hypercolonie est repartie en guerre contre tous ceux qui savent que la Terre de 2014 est un paradis truqué.

Né en 1953 en Californie, naturalisé canadien, Robert Charles Wilson est l’auteur d’une quinzaine de romans et d’un recueil de nouvelles, Les Perséides. Il a connu un succès mondial avec Spin.

L’avis de Philémont

2014. Le monde s’apprête à fêter le centenaire de la paix universelle. Car 100 ans auparavant a été signée l’Armistice mettant un terme à la Grande Guerre et démarrant un lent, mais inexorable, processus de croissance sereine. Ainsi la société des hommes s’affranchira de la grande dépression et de la Seconde Guerre mondiale ; les Etats-Unis eux-mêmes aboliront la ségrégation dans les années 1930.

Ce Paradis sur Terre est rendu possible par la présence d’une « main invisible » tout autour de la planète, une intelligence extraterrestre qui occupe la radiosphère (la couche radiopropagatrice située au-dessus de l’atmosphère terrestre) et qui préside à la destinée de l’humanité toute entière dans la plus grande discrétion.

D’ailleurs le commun des mortels ignore totalement l’existence de cette présence extraterrestre. Seule une poignée d’hommes et de femmes en a conscience et a compris que sous le vernis de la bienveillance se trouvait systématiquement de l’indifférence et souvent de la cruauté, parfois meurtrière ; c’est pourquoi ces hommes et femmes combattent clandestinement cette intelligence au sein de la Correspondence Society.

Les derniers jours du Paradis est donc avant tout une uchronie. Sur sa toile de fond à contre-temps Robert Charles WILSON nous fait suivre deux personnages principaux, apparentés tout deux à une même famille, membre de la Society, et massacrée en 2007 par les simulacres, ces agents extraterrestres garants de l’impunité de leurs congénères. C’est d’abord la jeune Cassie qui fuit quand elle est convaincue d’avoir été retrouvée par les sims ; c’est ensuite son oncle Ethan qui, dans la clandestinité toujours, découvre que la communauté extraterrestre a ses propres dissidents, lesquels lui ouvrent de nouvelles perspectives de lutte. Bien entendu les deux caractères convergent l’un vers l’autre accompagnés de quelques personnages secondaires.

Par bien des aspects Les derniers jours du Paradis rappellera le roman de WILSON qui demeure à ce jour son chef-d’oeuvre. C’est notamment la fuite en avant désespérée et vaine sur les routes américaines, du Nord des Etats-Unis au Chili. C’est aussi la quête scientifique d’une arme pour venir à bout de créatures que l’on ne comprend pas. C’est bien sûr ce qui caractérise systématiquement les écrits de WILSON, à savoir l’humanisme de sa prose.

Cette impression de « déjà-lu » est en outre renforcée par l’hommage à peine dissimulé à la science-fiction des années 1950, celle dans laquelle l’envahisseur extraterrestre avait tendance à se fondre dans la masse et à œuvrer de manière pour le moins ambigüe. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que l’un des personnages secondaires du roman est appelé Wyndham (est-ce d’ailleurs un hasard que Denoël ait réédité récemment l’écrivain britannique homonyme ?).

Cela contribue à faire des Derniers jours du Paradis un roman de pur divertissement dans lequel le contexte uchronique demeure au second plan au profit d’une intrigue simple et rythmée. WILSON étant l’auteur que l’on connaît, la réflexion est néanmoins présente (liberté versus sécurité) et les idées intéressantes (comme le parallèle entre le comportement des insectes et l’intelligence collective des extraterrestres) ; reste que ce roman n’est pas aussi abouti que bien d’autres dans sa bibliographie, et que dans celle-ci il ne sera certainement pas impérissable.


Réactions sur cet article

Aucune réaction pour le moment!



 
Propulsé par SPIP 1.9.2g | Suivre la vie du site RSS 2.0