Rashômon et autres contes

AKUTAGAWA Ryûnosuke

Article publié le vendredi 8 février 2013 par Philémont

Quatrième de couverture

Né à Tokyo en 1892, Akutagawa Ryûnosuke se suicida en 1927. Son aîné d’une dizaine d’années, le grand romancier Shiga Naoya, dit à cette occasion : « Il ne pouvait pas faire autrement. » Akutagawa était en effet torturé par diverses maladies : du cœur, de l’estomac, de l’intestin, sans parler de sa neurasthénie. En dépit de ses souffrances et d’une vie si brève, il produisit près de cent quarante titres. La plupart de ses œuvres sont des contes. Dès la publication du Nez, en 1916, il fut reconnu comme un maître et obtint l’amitié de Natsume Sôseki, l’auteur du Pauvre cœur des hommes. En un temps (l’ère Taishô, 1912-1925) où les lettres japonaises se partageaient entre naturalisme, décadence et idéalisme, cet homme très cultivé, formé aux lettres européennes, mit sa passion à redécouvrir la technique du récit bref. Violents, étincelants, palpitants mais toujours dominés par un métier parfait, une langue savante et variée, ces contes furent traduits par Arimasa Mori, qui leur consacra dix ans de son travail. On y lira, notamment, une des nouvelles d’Akutagawa qui sont à l’origine de Rashômon, le célèbre film japonais.

L’avis de Philémont

Ryûnosuke AKUTAGAWA est un écrivain japonais du début du XXème siècle. Mort à 35 ans, il n’écrivit jamais de longs romans, mais se fit une spécialité de l’écriture de nouvelles inspirées de contes anciens. Doté d’une immense culture, son oeuvre rend hommage à la tradition japonaise et rend compte du choc que constitue la rencontre entre les civilisations orientales et occidentales pendant l’ère Meiji (entre 1868 et 1912), lesquelles s’étaient ignorées pendant des siècles.

En France il est indirectement connu pour l’adaptation cinématographique de sa nouvelle Dans le fourré par Akira Kurosawa sous le titre Rashômon. Elle est bien entendue incluse dans le recueil Rashômon et autres contes qui compte quinze nouvelles publiées entre 1915 et 1927, dont nombre de petits bijoux littéraires.

Figures infernales (1918) est un récit sur la réalisation de son chef d’oeuvre par un peintre si arrogant que le prix à payer importe peu. C’est tout simplement magnifique.

Le nez (1916) est une farce autour d’un aumônier affublé d’un nez surdimensionné. Las de cette difformité il ne pense qu’au moyen de le raccourcir. Court et extrêmement bien construit, le texte ne manquera de faire réfléchir sur la dictature de l’apparence. Et pourtant il a été écrit il y a près d’un siècle…

Contrairement à ce que peut suggérer son titre, Rashômon (1915) n’est pas le texte qui a inspiré le célèbre film de Kurosawa, si ce n’est pour son cadre. Il s’agit en revanche d’un récit très fort sur la relation intime entre le mal et la pauvreté.

C’est Dans le fourré (1921) qui est l’inspiration première du film de Kurosawa. Il s’agit d’un récit à sept voix qui envisagent chacune à leur manière la mort violente d’un homme. C’est un texte sur les apparences et la perception que chacun peut en avoir. C’est tout simplement brillant.

Gruau d’ignames (1916) est une nouvelle farce autour d’un homme qui est la risée de tous et qui ne rêve que d’être rassasié de gruau d’ignames. Dans le même esprit que Le nez, le texte est bien plus riche qu’il n’y paraît de prime abord, montrant comment la simple libération d’une gourmandise peut libérer un homme de tous ses travers.

Les vieux jours du vénérable Susanoo (1920) est un conte mythologique mettant en scène un dieu orgueilleux qui ne parvient toutefois pas à empêcher sa fille de tomber amoureuse de l’homme qui parvient à déjouer tous les pièges que lui tend la jalouse divinité. Vaincu il reconnaît enfin ses torts, lesquels l’ont empêché d’être pleinement heureux tout au long de sa vie.

Autre conte mythologique, Le fil d’araignée (1918) met en scène le Bouddha Çakyamouni qui, par compassion, souhaite racheter des rivières de sang de l’Enfer un voleur qui, dans le passé, a montré lui-même de la compassion pour une araignée.

Le martyr (1918) évoque l’évangélisation du Japon au XVIe siècle par le biais d’une parabole sur la réalité et les apparences. Moins exotique pour le lecteur occidental, le texte n’en est pas moins émouvant.

Autre texte d’inspiration chrétienne, Le rapport d’Ogata Ryôsai (1916) est celui d’un médecin peu charitable envers les chrétiens mais qui fait l’expérience de la force de cette foie.

Cette foie est mise à mal dans Ogin (1922), récit très dur sur les persécutions subies par les adeptes de la nouvelle religion.

L’illumination créatrice (1917) est un texte brillant sur les réflexions intimes que se fait un écrivain sur son art face aux critiques, positives ou négatives, de ses lecteurs. Sa part autobiographique est d’autant plus poignante après la lecture de l’introduction de ce recueil, qui explique notamment la tragédie que fut la vie d’AKUTAGAWA Ryûnosuke.

Chasteté d’Otomi (1922) est le récit étrange d’une rencontre entre une servante loyale, un clochard et un chat à la veille d’une bataille. C est à la fois déconcertant et très beau.

Avec Villa Genkaku (1927) on entre dans une époque plus contemporaine par le biais d’un drame familial des plus sordide.

Le Mouchoir (1916) met en scène un professeur de droit qui apprend la mort d’un de ces étudiants par la mère de celui-ci. On retrouve ici le thème de l’apparence et de la réalité. Même si le texte est moins percutant que d’autres sur la même thématique, l’exercice de style est brillant.

Les Kappa (1927) est une nouvelle dans l’esprit des Voyages de Gulliver de Jonathan SWIFT. Un homme interné y raconte son séjour dans le monde des Kappa, étranges petites créatures humanoïdes au sourire malicieux. Comme son illustre modèle, il s’agit d’un récit d’une finesse rare.


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