Julian

WILSON Robert Charles

Article publié le dimanche 28 août 2011 par Philémont

Quatrième de couverture

Apostat. Fugitif. Conquérant.

Il s’appelle Julian Comstock ; il est le neveu du président des États-Unis. Son père, le général Bryce Comstock, a été pendu pour trahison (on murmure qu’il était innocent de ce crime). Julian est né dans une Amérique à jamais privée de pétrole, une Amérique étendue à soixante états, tenue de main de maître par l’Église du Dominion. Un pays en ruine, exsangue, en guerre au Labrador contre les forces mitteleuropéennes. Un combat acharné pour exploiter les ultimes ressources naturelles nord-américaines. On le connaît désormais sous le nom de Julian l’agnostique ou (comme son oncle) de Julian le Conquérant. Ceci est l’histoire de ce qu’il a cru bon et juste, l’histoire de ses victoires et défaites, militaires et politiques.

Fresque post-apocalyptique, western du XXIIe siècle, fulgurant hommage à Mark Twain, Julian est le plus atypique des romans de Robert Charles Wilson. Une réussite majeure et une critique sans concession des politiques environnementales actuelles.

Né en 1953 en Californie et récemment naturalisé canadien, Robert Charles Wilson est l’auteur d’une quinzaine de romans et d’un recueil de nouvelles. Digne héritier de la science-fiction poétique et mélancolique de Ray Bradbury, inspiré par Theodore Sturgeon et Clifford D. Simak, il a connu un succès mondial avec Spin.

L’avis de Philémont

Amérique du Nord, XXIIème siècle. La fédération compte désormais soixante Etats, ayant notamment absorbé la plupart des provinces canadiennes. Mais le pays n’est pas riche pour autant, bien au contraire. Les Hommes ont en effet fini par épuiser les ressources pétrolières de la Terre dans le courant du XXIème siècle, les contraignant à revenir vers le premier des combustibles fossiles comme source d’énergie : le charbon. Ce retour en arrière industriel s’est aussi accompagné d’une rétrogradation en termes sociaux, la population étant strictement hiérarchisée, sans possibilité d’évolution, et le pouvoir se partageant entre un clergé hégémonique, un gouvernement fédéral dirigé par un président dictatorial et une armée qui suit le sens du vent.

Dans le comté d’Athabaska on vit d’ailleurs plus ou moins comme au XIXème siècle, se déplaçant à cheval, et la majorité de la population dépendant d’une poignée de propriétaires terriens pour subsister. C’est dans celui-ci que vit Adam Hazzard, jeune garçon d’origine modeste, dont le meilleur ami est Julian Comstock, le neveu du Président des Etats-Unis. Mais Julian ne se trouve pas dans le village d’Adam de son plein gré. Il s’y cache plutôt puisque toute sa famille est en disgrâce depuis que son père a été jugé, et exécuté, pour trahison par le Président lui-même. Julian Comstock est toutefois rattrapé par son destin alors qu’il a 17 ans, entraînant avec lui Adam qui devient alors le biographe d’un personnage hors du commun, mais dont la vie ne sera guère qu’une succession d’évènements tragiques.

Cette biographie est le sujet de Julian. Robert Charles WILSON y donne donc la parole à Adam Hazzard qui déroule au lecteur les faits qui ont conduit à l’ascension, puis à la chute de Julian Comstock. Cela prend successivement la forme d’un western (le premier acte), puis celle d’un roman de guerre (les actes deux à quatre), enfin celle d’un roman politique (l’acte cinq). La plus grande partie du roman de WILSON sonne donc comme un roman d’aventure, sans que celui-ci n’oublie de donner à ses personnages une grande profondeur, comme il nous en a donné l’habitude depuis ses débuts. Dans Julian cela prend la forme d’une analyse fine de la condition des hommes dans cette Amérique qui n’a de futuriste que sa situation temporelle, en particulier au regard de la religion omniprésente et omnipotente. Pour le reste le lecteur a vraiment l’impression de se retrouver dans un XIXème siècle uchronique, auquel l’auteur rend d’ailleurs hommage d’un point de vue strictement littéraire.

Le tout est un roman extrêmement plaisant, qui se lirait d’une traite si sa dimension le permettait. On peut juste regretter une part trop importante donnée aux champs de batailles, laquelle semble disproportionnée par rapport au sujet bien plus profond du roman. Mais c’est aussi le choix de l’auteur pour rendre hommage à cette littérature populaire du XIXème siècle, celle qui usait de maints artifices pour attirer le lectorat, comme le feuilletonnage et l’aventure à tout prix, même si cette dernière devait être néfaste à la crédibilité du récit. Mais ne nous y trompons pas, WILSON ne sombre pas dans ces facilités. Il livre juste avec Julian son roman le plus facile d’accès, lequel pourrait bien déconcerter son lectorat traditionnel, mais aussi en attirer un nouveau.


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