Les barbares

ABEILLE Jacques

Article publié le vendredi 29 juillet 2011 par Philémont

Quatrième de couverture

« N’essayez pas de dissimuler, je sais que vous parlez ma langue. »

Au milieu des années 1970, à la manière d’un rêve, Jacques Abeille s’engageait dans l’exploration d’un monde imaginaire, organisé autour de la culture de statues jaillies de terre. Depuis, de livre en livre, l’écrivain poursuit un voyage. Quels territoires naissent de ses mots ? Et quelles vérités les ensorcèlent ? Telles sont les questions que pose cette œuvre baroque et puissante, qui se nourrit autant du surréalisme, de Nerval, de Jünger, que des littératures les plus populaires, et qui – dans une écriture d’un classicisme si aigu en apparence qu’elle en devient déconcertante – associe sans scrupule les récits d’aventures aux méditations philosophiques, la sensualité des âmes à la folie du pouvoir, la magie à l’ethnologie, le cheminement des vies à celui de la langue.

Plus de trente ans après le roman inaugural Les Jardins statuaires, Jacques Abeille nous offre avec Les Barbares un nouveau monstre littéraire. Suivant les pérégrinations d’un prince égaré et d’un savant-traducteur, nous voici invités à traverser dans sa totalité le monde des Contrées. Est-ce là un roman, un conte initiatique, une fable ou encore le palimpseste de notre propre monde ?

« L’univers littéraire de Jacques Abeille ressemble à ces forêts où l’on perd les enfants. » Xavier Houssin, Le Monde

L’avis de Philémont

Les barbares nous propose une nouvelle incursion dans les Jardins statuaires, ou plutôt ce qu’il en reste après que la menace tout juste effleurée dans le premier opus ait été consommée. Le temps a passé en effet ; les cavaliers des steppes ont envahi l’ensemble des Contrées, occupé la plus grande cité, Terrèbre, et détruit purement et simplement les jardins.

Dans le contexte troublé de l’occupation, le narrateur, jeune linguiste qui seul connait le langage des steppes, est enrôlé par le Prince des barbares. Ce dernier, qui n’a manifestement plus toute sa tête, entend retrouver le narrateur du premier roman, lequel a laissé un témoignage écrit que notre linguiste a traduit. C’est ainsi que débute un voyage de plusieurs années à travers les Contrées en général, les Jardins statuaires en particulier.

C’est aussi, et surtout, un voyage intérieur et contemplatif similaire à celui du premier roman. On y découvre un univers singulier à travers lequel sont évoqués des thèmes universels ; le caractère surréaliste est toutefois moins prononcé dans Les barbares que dans Les Jardins statuaires, du fait que les statues n’existent quasiment plus. Le propos de Jacques ABEILLE est de montrer que les barbares ne sont pas forcément ceux que l’on croit, à tout le moins que chacune des deux parties a sa part de responsabilité dans les méfaits perpétrés dans les Contrées. Comme dans Les jardins statuaires, il est également très attaché à la place des femmes dans la société.

L’écriture d’ABEILLE et le livre en tant qu’objet étant tout aussi beaux avec Les barbares qu’avec Les jardins statuaires, le lecteur comprend qu’il tient là un nouvel ouvrage hors norme de l’auteur qu’il se plaira à lire et à relire, et même à exposer dans sa bibliothèque. On notera enfin que ce roman peut se lire indépendamment du premier, mais qu’il serait dommage d’ignorer cet ordre pour une compréhension fine du cycle.

N’oublions pas non plus que si l’on veut appréhender l’ensemble du cycle des Contrées il faudra se référer à d’autres romans et recueils qui s’insèrent chronologiquement entre Les Jardins statuaires et Les barbares, respectivement 1er et 5ème tomes du cycle. Ceux-ci sont publiés par de multiples petits éditeurs (Deleatur, Ginkgo, Zulma et Ombres).


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