L’univers en folie

BROWN Fredric

Article publié le lundi 24 décembre 2007 par Cyrallen

Quatrième de couverture :

Le 10 juin 195, la première tentative de lancement d’une fusée sur la lune échoua. La fusée retomba dans les Catskill, si près d’un journaliste, directeur d’une revue de science-fiction, qu’il fut désintégré et… réintégré dans un univers parallèle.
Commence alors, pour le malheureux, la plus folle et déplaisante aventure. Pris pour un espion d’Arcturus, il ne doit son salut qu’à sa familiarité avec la littérature d’anticipation. Mais c’est dur de rencontrer son double qui occupe votre propre appartement, de voir sa petite amie fiancée à un autre, et de découvrir que New York est livré, la nuit, aux bandes de voyous.
Le plus dur c’est, pourtant, de s’apercevoir, aux confins de Saturne, que le courrier des lecteurs n’est pas innocent…

L’avis de Cyrallen :

S’intéressant toujours aux péripétie d’un amateur de science-fiction en plein dans son élément, Fredric Brown dépeint ici un univers parallèle étrange et plein de dangers insoupçonnés, allant de la simple pièce de monnaie hors-circulation pour numismates au très impressionnant noir absolu envahissant à la tombée du jour les grandes métropoles du monde…
Où l’on découvre que ce sont des machines à coudre tout ce qu’il y a de plus ordinaire qui détiennent la clé des voyages interstellaires et que les saturniens sont des boules de poils rouges de 2m10 de haut parfaitement acceptées parmi la population locale…

Très agréable à lire, l’enquête pour sa survie menée par notre cher journaliste ne cesse de surprendre, le caractère désuet de certains détails fait un peu sourire mais les actions s’enchaînent, les explications abondent et l’ouverture sur les différents univers parallèles possibles donne une dimension encore plus vaste à l’aventure de notre héros.
A lire avec plaisir :)

Extraits :

1- Les monstres étaient déjà assez étranges, mais plus étrange encore était le fait que personne dans la rue n’avait l’air de les remarquer. Quels qu’ils fussent, on les trouvait… normaux. Ils ne semblaient nullement déplacés ici.
Ici ?
Mais où était-on, ici ?
Quels était cet univers insensé où l’on trouvait tout naturel de côtoyer des spécimens d’une race plus effrayante que n’en avait jamais dépeint les magazines d’anticipation ?
Quel était cet univers absurde où l’on vous donnait deux cents dollars pour vingt-cinq cents et où l’on essayait de vous tuer quand vous faisiez cadeau d’un demi-dollar ?

2- Il s’avança et la porte se referma derrière lui. Il avait l’impression d’entrer dans un cabinet noir. C’était un black-out qui dépassait tout ce qu’on avait vu dans le genre. (…) Il s’éloigna d’un pas et le rectangle de la vitre disparut. Il prit dans sa poche une boîte d’allumettes et en craqua une. En la tenant à bout de bras, il distinguait un point faiblement lumineux. A cinquante centimètres de ses yeux, il le voyait très bien, mais pas plus loin.
La flamme lui léchait presque les doigts et il lâcha l’allumette ; il n’aurait pu dire si elle brûlait encore quand elle toucha le trottoir. (…) Tendant la main pour toucher le mur de l’immeuble, et se guidant sur celui-ci tandis que, de l’autre main, il tâtonnait dans l’ombre devant lui, il partit dans la direction de Lexington Avenue. Il gardait les yeux ouverts et s’efforçait de percer les ténèbres, mais il aurait tout aussi bien pu les fermer. (…)

Il se figea tandis que les pas approchaient. Keith eut brusquement l’impression de se retrouver dans un monde à une seule dimension. Il n’y avait que deux directions : en avant ou en arrière, en suivant le mur de l’immeuble. Et avant même de se décider à faire demi-tour, il était déjà trop tard. Une main le toucha, tandis qu’une voix gémissait : "Ne me cherchez pas de noises, ayez pitié. J’ai pas de crédits."

Keith poussa un soupir de soulagement. "Ca va, dit-il. Je ne bouge pas. _ Passez devant moi.
- Bien, monsieur. (…) J’suis qu’un vieux loup du ciel en bordée, c’est tout, fit la voix. Et déjà passé à tabac, voilà deux heures. Plus un traître sou ! Tenez, je vais vous donner un tuyau. Les Nocturnes sont en chasse. Toute la bande du côté de Times Square. Vous feriez mieux de ne pas continuer par là. Je vous préviens."
- C’est eux qui vous ont dévalisé ? demanda Keith.
- Eux ? Mais, mon vieux, je suis vivant, vous voyez bien !(…)
- Comment saviez-vous que je n’étais pas un Nocturne ?
- Vous plaisantez ? Comment est-ce que je vous aurais pris pour un Nocturne, alors qu’ils vont bras dessus, bras dessous en bande d’un côté de la rue à l’autre et que vous les entendez taper avec leurs cannes ? C’est de la folie d’être dehors. Et vous êtes aussi fou que moi. Si je n’étais pas fin saoul…

3- Du coin de l’œil, il aperçut le poing de Winton arriver vers son visage et il l’esquiva en s’écartant, laissant le poing passer au-dessus de son épaule. Puis, avec Winton toujours entre Slade et lui, il se courba, la tête visant la poitrine de Winton. Et de toutes ses forces, il envoya Winton rouler sur Slade.

Slade trébucha en arrière dans la bibliothèque. Il y eut un bruit de vitres brisées. Le revolver partit, et l’explosion retentit dans la pièce comme celle d’une charge de dynamite.

Le revolver roula sur le tapis. Keith donna une dernière poussée qui envoya Winton et Slade contre la bibliothèque, puis plongea pour saisir le revolver. Il réussit à mettre la main dessus.

Il recula, les tenant tous deux en respect. Il avait le souffle court, et, maintenant que le plus dur était passé, sa main tremblait. Cela avait marché : on pouvait s’emparer d’un revolver comme le faisaient les héros dans les nouvelles qu’il achetait, on le pouvait quand on n’avait rien à perdre.

4- La musique s’arrêta brusquement à la radio. Une voix déclara : Bulletin spécial d’informations : second avertissement aux habitants de Greeneville et des environs. L’espion d’Arcturus signalé voici une demi-heure n’a pas encore été appréhendé. Les gares, les routes, les astroports sont étroitement surveillés et des perquisitions sont en cours. Tous les habitants doivent être en état d’alerte.
Ne sortez qu’armés. Tirez à vue. Des erreurs peuvent être commises et sans doute ne manqueront-elles pas de se produire, mais nous vous rappelons encore que mieux vaut la mort de cent innocents que de voir s’échapper l’espion qui peut causer la perte de plusieurs millions de Terriens.
Faites donc feu au moindre doute !
Nous répétons le signalement…


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