La Horde du Contrevent

DAMASIO Alain

Article publié le vendredi 26 mars 2010 par Philémont

Quatrième de couverture

Un groupe d’élite, formé dès l’enfance à faire face, part des confins d’une terre féroce, saignée de rafales, pour aller chercher l’origine du vent. Ils sont vingt-trois, un bloc, un nœud de courage : la Horde. Ils sont pilier, ailier, traceur, aéromaître et géomaître, feuleuse et sourcière, troubadour et scribe. Ils traversent leur monde debout, à pied, en quête d’un Extrême-Amont qui fuit devant eux comme un horizon fou. Expérience de lecture unique, La Horde du Contrevent est un livre-univers qui fond d’un même feu l’aventure et la poésie des parcours, le combat nu et la quête d’un sens profond du vivant qui unirait le mouvement et le lien. Chaque mot résonne, claque, fuse : Alain Damasio joue de sa plume comme d’un pinceau, d’une caméra ou d’une arme… Chef-d’œuvre porté par un bouche-à-oreille rare, le roman a été logiquement récompensé par le Grand Prix de l’Imaginaire.

Alain Damasio écrit peu, par exigence. Son premier roman, La Zone du Dehors, paru chez Cylibris, est réédité par La Volte.

L’avis de Philémont

Le monde est une large bande de terre balayée en permanence par des vents violents. Les humains se sont adaptés tant aux niveaux de leurs habitations et de leurs moyens de transports que de leur culture. Cette dernière a fait de la résistance aux éléments un véritable fondement. C’est ainsi qu’en Extrême-Aval a été formé dès l’enfance un bloc d’élite de vingt-trois hommes et femmes pour qu’ils parcourent leur vie durant le monde d’ouest en est, face aux vents, et à la seule force de leur corps, afin d’atteindre le mythique Extrême-Amont, la source de tous les vents. Il s’agit de la Horde du Contrevent, trente-quatrième du nom, sur laquelle reposent tous les espoirs, les trente-trois précédentes s’étant soldées par plusieurs siècles d’échecs.

Chaque membre de la Horde tient un rôle bien précis, dont la nature a façonné leur caractère. Pour autant ils sont tous unis afin de constituer un groupe solidaire et autonome, en quelque sorte un autre personnage à part entière. Le vent tient aussi un rôle central, se déclinant en neuf formes différentes, seules les six premières étant connues des humains, la découverte et l’affrontement des trois autres étant des étapes obligées de la quête.

Qui dit rôle, dit langage. C’est pourquoi les humains ont inventé un système complexe de retranscription des vents. Par exemples une bourrasque est représentée par un accent grave et une décélération par une virgule, les différentes combinaisons de ces sigles permettant de représenter chaque forme du vent. Quant aux vingt-trois membres de la Horde, ils interviennent tous dans le fil du récit, chacun avec son style propre, mais également identifiables par un symbole personnel imprimé à chaque prise de parole.

On l’aura compris, La Horde du Contrevent est une oeuvre profondément originale, doublée d’une prouesse littéraire sans équivalent dans les littératures de l’imaginaire. De fait, écrire et publier un roman à vingt-trois voix tout en donnant un langage à l’un des éléments constitutifs de l’univers est un défi qu’Alain DAMASIO et son éditeur ont relevé pour donner naissance à une oeuvre qui ne pourra pas laisser les lecteurs indifférents. Celle-ci fourmille par ailleurs d’idées comme le chrone véramorphe, ce vent qui dévoile la nature profonde de ceux qui l’affrontent (chapitre XIV), ou cette joute oratoire qui n’a décidément rien à envier aux bien plus classiques duels guerriers (chapitre XII). Même la mise en page est travaillée pour immerger les lecteurs dans cet univers d’une richesse incroyable ; ce sont les premiers mots du roman qui n’apparaissent que progressivement car dispersés par le vent ; c’est encore cette pagination décroissante donnant au lecteur la sensation d’accompagner la Horde dans sa quête, jusqu’à l’Extrême-Amont, la page zéro. Signalons enfin que l’édition grand format est accompagnée de la bande originale du livre, composée spécialement par Arno Alyvan, mais non reprise dans l’édition poche.

Pour mettre en valeur toutes ces idées, il fallait une écriture travaillée. Elle l’est bel et bien, très littéraire même, donnant par moment au récit des allures de poème en prose qui ne peut qu’inspirer le respect. Alain DAMASIO se joue des mots, joue avec eux, jusqu’à la fulgurance. Il est capable d’adapter son style à la personnalité de chaque membre de la Horde, du plus brutal au plus raffiné. Et il ne perd jamais de vue le sujet de son roman, celui d’une quête initiatique dont l’objectif n’est ni plus ni moins que de toucher du doigt le sens de l’existence, quitte à se dépasser sans cesse, et en dépit de l’inconnu qui attend ceux qui atteindront le bord du monde.

Bien sûr l’oeuvre est dense, déconcertante au début, longue parfois, fluide dans le style mais difficile dans le fond. Elle nécessite donc un effort d’attention permanent de la part du lecteur. Mais celui-ci sera récompensé par la découverte d’un univers aussi riche que vierge de toute exploration jusqu’alors.


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