Futur intérieur

PRIEST Christopher

Article publié le vendredi 15 janvier 2010 par Philémont

Quatrième de couverture

Ils sont trente-neuf à rêver un hypothétique avenir. Un futur idéal où notre civilisation prospère aurait laissé derrière elle les guerres, les inégalités, la surpopulation, le terrorisme et la pollution. Comment en arriverions-nous là ? C’est la question à laquelle doivent répondre les trente-neuf scientifiques du projet Wessex, dont on envoie l’esprit plusieurs centaines d’années en avant. Mais parmi eux, Julia Stretton a une tout autre définition du projet. Bien plus qu’une simulation, le Wessex futur est devenu pour elle une réalité tangible où tous ses fantasmes peuvent se réaliser… un paradis. Jusqu’au jour où Paul Mason, son ancien amant et persécuteur, devenu administrateur de la fondation qui finance le projet, décide de l’y suivre. Mais en Wessex, les identités changent au gré des caprices de l’inconscient. Comment alors lutter contre une menace dont on n’a pas même conscience ?

Considéré comme l’un des écrivains les plus originaux de la littérature anglo-saxonne, Christopher Priest a écrit quelques-uns des textes majeurs de l’imaginaire contemporain : Le monde inverti, La séparation ou encore Le prestige.

L’avis de Philémont

Le Wessex est un projet scientifique visant à définir ce que serait l’avenir idéal. Sa méthode consiste à projeter les esprits de trente-neuf hommes et femmes 150 ans en avant, dans un univers considéré comme idéal. Ils sont alors chargés de se fondre dans la société, d’observer et de comprendre ce qui pourrait mener à un tel ordre mondial. Une fois de retour dans le présent, et dans leur corps, ils rédigent des rapports circonstanciés de leur expérience.

Julia Stretton est l’une de ces scientifiques. Mais pour elle le projet Wessex n’est pas une simulation, mais bel et bien une réalité alternative dans laquelle tous ses fantasmes pourraient bien se réaliser. Alors quand son ancien amant, l’incarnation de ses pires cauchemars dans le monde réel, est intégré au projet, c’est en quelque sorte son passé qui rattrape son futur ; son seul espoir réside finalement dans les mystères de l’inconscient qui peuvent façonner demain des identités très différentes de celles d’aujourd’hui.

Roman de jeunesse de Christopher PRIEST, Futur intérieur préfigure néanmoins ce que son oeuvre est appelée à devenir, notamment avec Les Extrêmes. Partant d’une situation sociale et politique marquée par la crise pétrolière et le terrorisme, l’auteur imagine un avenir dans lequel les Etats-Unis seraient musulmans et l’Europe sous domination soviétique. Dans ce nouvel ordre mondial, le paradis se situe dans le Wessex, une île isolée de l’Angleterre, sur laquelle le naturisme est la règle, et l’artisanat le moteur de l’économie. De tels arguments peuvent aujourd’hui faire sourire, mais il faut les resituer dans le contexte de leur rédaction, et bien garder à l’esprit que l’essentiel du roman n’est pas à rechercher à ce niveau.

Comme dans tous les romans de PRIEST, l’essentiel c’est l’humain en tant qu’individu. Dans Futur intérieur, c’est certes collectivement que le Wessex est rêvé par 39 individus (métaphore de notre monde réalisé par près de sept milliards d’individus aujourd’hui), mais c’est individuellement que chacun est à même d’avoir une influence, positive ou négative, sur notre univers. Dès lors les sentiments et les aspirations personnels interfèrent sur l’objectivité scientifique, et donc sur ce qui a été créé collectivement. C’est en tout cas ce que l’auteur montre avec Julia Stretton et son ancien amant, proposant pour ce faire une réflexion passionnante sur les réalités alternatives, le rôle de la mémoire sur le déroulement des évènements historiques, sans oublier celui de l’inconscient dont les éternels besoins insatisfaits pourraient bien être déterminants pour notre univers, qu’il soit vécu et/ou rêvé.

Roman de jeunesse donc, mais déjà les mêmes préoccupations qu’aujourd’hui ; et déjà la même prose percutante. Alors si Futur intérieur est parfois présenté comme mineur dans l’oeuvre de Christopher PRIEST, c’est probablement parce que le développement de ses thèmes de prédilection n’est pas aussi abouti qu’aujourd’hui. Le roman est toutefois constitutif de la genèse d’une oeuvre majeure et se pose encore aujourd’hui comme un très bon récit.


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