Arthor T1 : Le dragon et la licorne

ATTANASIO Alfred Angelo

Article publié le vendredi 6 novembre 2009 par Philémont

Quatrième de couverture

Une reine, un pèlerin, un démon — et un roi censé sauver un monde. Né à l’aube des temps, à l’époque où le Dragon prit forme, le puissant Lailoken s’est retrouvé emprisonné dans un corps humain qui seul peut circonscrire ses pouvoirs. Il est devenu Merlinus, un sage itinérant expert en magie, destiné à œuvrer pour le bien des hommes. Sa rencontre avec la Licorne, elle-même une puissante créature éternelle, va le conduire à Ygrane, reine des Celtes, qui lui confie pour mission de trouver son roi, qu’un jour elle a entrevu en songe. Merlinus s’acquitte de sa tâche, mais l’homme qu’il découvre est tout sauf un roi. Peut-être cependant le mage saura-t-il modeler son destin… C’est l’histoire épique d’une quête, celle de l’immortalité, qui va couvrir l’ensemble de l’histoire de l’humanité — et celle des créatures magiques qui peuplent les recoins de son imaginaire. C’est une quête qui finit — et commence — . en un lieu légendaire situé au bord de la mer Occidentale, avec le premier cri d’un roi nouveau-né. Un lieu nommé Tintagel. Un roi, héritier des Pendragon, nommé Aigle dé Thor, ou… Arthor.

Dans la droite lignée des Brumes d’Avalon de Marion Zimmer Bradley, A. A. Attanasio unit toutes les légendes de création et de rédemption dans un songe aussi intemporel que les chants des druides, aussi puissant qu’un sortilège de Merlin.

Né en 1951 à Newark dans le New Jersey, Alfred Angelo Attanasio vit actuellement à Hawaï. Outre le cycle de fantasy Arthor, qui redéfinit la mythologie arthurienne à l’aune de la physique quantique et des légendes nordiques, il est l’auteur du roman de S-F postapocalyptique Radix, nominé au prix Nebula 1981. A. A. Attanasio écrit également sous le pseudonyme d’Adam Lee.

L’avis de Philémont

La Terre toute entière est occupée par le Dragon, les montagnes étant ses écailles, les fosses maritimes régénérant sa chair. Les dieux, par l’intermédiaire des Seigneurs du Feu, ne cessent d’exploiter la Terre, imposant au Dragon d’innombrables parasites qu’il détruit dès qu’il en a l’occasion. Les Seigneurs du Feu ont toutefois un allier de poids dans leur tâche : la licorne qui parcourt la Terre en volant de l’énergie au Dragon. Et puis un nouveau parasite est créé par les dieux, plus petit que les autres, quasi insignifiant : l’être humain, dont la sauvegarde est confiée à la licorne .

Encore est-il que l’unité ne règne pas parmi les dieux. Si la quasi totalité des anciens dieux oeuvre dans le sens du progrès dans l’ordre et la paix par le biais des hommes, une divinité plus jeune, le Furieux, est contre toute forme de progrès et tente d’imposer le chaos et la guerre partout dans le monde. Il est vrai que le Furieux est la seule divinité à pouvoir trouver refuge dans le sein du Dragon.

C’est dans ce contexte cosmogonique qu’en 458 après Jésus-Christ, la reine des Celtes, Ygrane, tente de freiner la prédominance de la nouvelle religion, le christianisme, laissé par les Romains en héritage de leur Empire en déliquescence. Elle est bien consciente qu’elle ne pourra pas l’annihiler totalement et prend donc le parti de préserver ce qu’elle peut de l’ancienne religion. Cela passe par la quête d’un roi qui sera le fruit des deux croyances et qui sera capable de bâtir un pont entre les deux.

Cette quête Ygrane la confie au démon Lailoken, désormais prisonnier d’un corps de chair, et qui prend peu à peu conscience de la condition des hommes et des enjeux qui se cachent derrière sa quête. C’est ainsi qu’il finit par assumer pleinement son nom en tant qu’être de chair : Merlin, souvent qualifié d’enchanteur, mais avant tout un sage et un confident pour les hommes qu’il côtoie.

Avec Le Dragon et la licorne, Alfred Angelo ATTANASIO entame donc une nouvelle visite du cycle arthurien bien connu des amateurs de littératures de l’imaginaire. Cette relecture se distingue toutefois de bien des autres par la place qu’elle fait à la cosmogonie, le destin des hommes n’étant que la résultante des luttes implacables que se livrent les entités cosmiques. C’est ainsi que l’humanité n’apparaît en aucun cas autonome mais bel et bien comme une collection de pions manipulés par les dieux. Mais c’est aussi pour cette raison que les héros humains de l’auteur apparaissent aussi denses que riches, leur vie étant une quête de sens désespérée face à des puissances qui les dépassent.

Le roman se place donc sous le signe du questionnement et de la justification de l’humanité. Pour cela, ATTANASIO oppose, pour mieux les fusionner, les cosmogonies platonicienne et celtique. Il utilise aussi de multiples références philosophiques qui donnent une profondeur certaine à ses personnages. Sa prose est par ailleurs épique à souhait, son élégance confinant à une poésie du plus bel effet.

La contrepartie de tels choix narratifs est un rythme peu soutenu de l’intrigue qui pourrait conduire certains lecteurs à parler de longueurs. C’est néanmoins le prix à payer pour accéder à une véritable réflexion, ce qui donne au roman un véritable statut d’oeuvre aussi personnelle que profonde. En fait, le plus regrettable est à rechercher plutôt du côté du travail d’édition, le roman ayant été découpé artificiellement en deux morceaux pour sa publication française. Or, pour apprécier cette oeuvre à sa juste valeur, il est indispensable de lire La louve et le démon sans interruption après Le dragon et la licorne. Dans le cas contraire, d’innombrables questions resteront sans réponse, et la sensation d’inachevé ne pourra être que prégnante. Bien évidemment, ce fait a pour corollaire que la présente chronique ne vaut que pour une lecture complète du premier tome de la tétralogie Arthor.


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