Les Dames du Lac T1 et Les Brumes d’Avalon T2

BRADLEY Marion Zimmer

Article publié le lundi 24 décembre 2007 par Cyrallen

Quatrième de couverture des "Dames du Lac" : (Livre de Poche, n° 6429, janvier 1988, 448 pages)

La légende du roi Arthur et des chevaliers de la Table ronde n’avait, depuis longtemps, inspiré un roman d’une telle envergure, d’un pareil souffle.

Merlin l’Enchanteur, Arthur et son invincible épée, Lancelot du Lac et ses vaillants compagnons, tous sont présents mais ce sont ici les femmes qui tiennent les premiers rôles : Viviane, la Dame du Lac, Ygerne, duchesse de Cornouailles et mère d’Arthur, son épouse Guenièvre, Morgane la fée, sœur et amante du grand roi…

Cette épopée envoûtante relate la lutte sans merci de deux mondes inconciliables, celui des druides et des anciennes croyances défendant désespérément un paradis perdu et celui de la nouvelle religion chrétienne supplantant peu à peu rites et mystères enracinés au cœur de la Grande-Bretagne avant qu’elle ne devienne l’Angleterre.

Isaac Asimov qualifie ce livre d’absolument extraordinaire, et il a raison.
Ce qui prouve que les légendes de toujours peuvent faire les plus beaux romans d’aujourd’hui, à condition d’avoir le cœur de les comprendre et le talent de les réinventer.
Sylvie Genevoix, Le Figaro Madame.

Quatrième de couverture des Brumes d’Avalon : (Livre de Poche, n° 6430, mars 1989, 416 pages)

Grâce à la sagesse du roi Arthur et à Excalibur, son épée toute-puissante, grâce aussi à la bravoure des chevaliers de la Table Ronde, la paix règne enfin sur le royaume de Grande-Bretagne, paix cependant précaire. Une lutte sans merci continue d’opposer les fidèles de l’antique culte druidique de la Dame du Lac aux adeptes de plus en plus nombreux de la nouvelle religion chrétienne, prônée par les Romains.

Seule la venue d’un héritier de la couronne pourrait peut-être consolider le trône et assurer l’avenir. Mais Morgane, prêtresse d’Avalon, Gwydion, son fils, né d’amours coupables avec le roi Arthur, Lancelot du Lac, fidèle chevalier de cœur de la reine Guenièvre, ont-ils encore une chance d’accéder aux lumières secrètes de la sagesse et de l’amour ? Ne sont-ils pas plutôt sur le point d’entraîner dans l’abîme un roi, un royaume, toute une civilisation lentement broyée par un nouvel ordre du monde ? A moins qu’au tout dernier moment ne vienne à leur secours la force éblouissante et mytérieuse du Graal, porteur d’espoir pour tous les hommes de bonne volonté ?

La plus merveilleuse évocation de la sage du roi Arthur qu’il m’ait été donné de lire. Absolument extraordinaire. Isaac Asimov.

L’avis de Philémont :

Le mythe arthurien vu du côté des femmes, tel est le sujet d’un récit attribué à Morgane la Fée, prêtresse d’Avalon et demi-soeur d’Arthur…

Et ce récit risque bel et bien de déconcerter les habitués du cycle arthurien, tant il est différent des multiples interprétations que l’on a pu lire et voir depuis plusieurs décennies. Sans même parler de Morgane elle-même, qui n’est pas ici un être si maléfique que cela, Arthur et ses chevaliers passent, sous la plume de Marion Zimmer BRADLEY, au second plan de l’intrigue. C’est ainsi que les batailles bien connues des habitués sont tout simplement passées sous silence et ne sont évoquées qu’au grès de conversations ou d’autres évènements beaucoup moins guerriers.

Car le thème principal du roman est avant tout une évocation de l’Histoire de la Grande-Bretagne, d’une époque où l’Empire romain tentait d’imposer la nouvelle religion chrétienne face à l’antique culte celtique de la Déesse-Mère, défendue par les druides et Viviane, la grande prêtresse de l’Ile Sacrée d’Avalon. Bien sûr, derrière cette querelle d’Eglises, c’est la société elle-même qui est en jeu, la condition des hommes et, surtout, celle des femmes dans un monde éminemment masculin.

On l’aura compris, dans Les Dames du lac, l’action guerrière fait place nette à la psychologie des personnages. Celle-ci est servie par une écriture de grande qualité, toujours précise et parfaitement rythmée, prouvant par-là même qu’il n’est pas forcément besoin de batailles épiques pour passionner le lecteur.

Notons enfin que Les Dames du lac a donné lieu à quatre autres tomes (Le Secret d’Avalon, La Colline du dernier adieu, La Prêtresse d’Avalon et Les Ancêtres d’Avalon) et que leur intrigue se situe en amont de celle qui est présentée ici. Les Dames du lac et Les brumes d’Avalon ne constituant initialement qu’un seul volume (Pygmalion sévissait déjà au milieu des années quatre-vingt…), ils sont donc indissociables mais se suffisent à eux-mêmes. Et de la meilleure des manières qui soit !

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Extraits :

1- Avalon est la terre des initiés. Le commun des mortels ne voit, à sa place, que l’île des Prêtres, où se dressent monastères et couvents. Mais celui qui sait peut, en posant ses deux mains jointes sur la bouche, émettre ce léger sifflement, comme un petit cri d’oiseau, qui fait venir la barge noire… Et les rameurs, des petits hommes à moitié nus, à la peau tatouée de mystérieux dessins, ne diront pas un mot de toute la traversée.

Au moment où la barge s’enfoncera plus profondément dans le brouillard, il faudra que l’initié accomplisse le rite. Celui sans lequel les voyageurs erreront éternellement sur ces eaux obscures. Il lui faudra tendre ses deux bras vers le ciel, les paumes tournées vers les nuages, et rester ainsi en pleine concentration, jusqu’au moment où il pourra les abaisser, sans hâte, en expirant très légèrement. Alors le brouillard s’épaissira…

"La barge, cependant, poursuivait sa course silencieuse à travers une ombre de plus en plus épaisse qui ressembalit maintenant aux ténèbres de la nuit.

Puis, brusquement, comme un rideau qui se déchire, la brume se dissipa, dévoilant une étendue paisible d’eau ensoleillée bordée d’herbe. Non loin se trouvait la Montagne, le Tor, autour de laquelle s’enroulait, telle une spirale, le chemin réservé aux processions. A son sommet, étincelant sous le soleil couchant, était un cercle de pierres immenses dressées vers le ciel. Au pied de la Montagne étaient groupés les bâtiments réservés aux prêtres et, comme accrochés aux premières pentes, le Puits Sacré et le reflet miroitant d’une pièce d’eau. Des bosquets de pommiers bordaient le rivage."

2- Alors il vint à elle et l’enlaça voluptueusement. Sa bouche était de velours, sa peau tiède et, lorsqu’il l’étendit sur l’herbe, elle ne s’étonna nullement de se retrouver entièrement nue dans ses bras. Il était chaud et doux, et se sentir si soudainement chevauchée faillit lui arracher un long cri de plaisir. Ses mains puissantes et tendres s’attardaient sur ses hanches, ouvraient ses cuisses. Alors, tenaillée par un désir vertigineux et trouble, reconnaissante et gémissante, elle accueillit avec l’ardeur et l’impatience d’une bête sauvage le membre viril et fort qui la fit défaillir. Emportés tous deux par une houle irrésistible, celle des grandes pulsions de la terre et des océans, ils glissèrent enfin dans le paradis éphémère de toutes les félicités.

"C’est le temps du plaisir, lui souffla-t-il doucement à l’oreille. Donne-toi à moi sans souci du futur, sans crainte de recevoir les fruits naturels de l’amour"

Mais Morgane ne s’appartenait plus. Sans réserve, consentante, elle s’abandonnait à toutes ses caresses, à toutes ses volontés. Et ce n’est qu’à l’instant où l’homme laissa échapper un long râle qu’elle devina, au sommet de son front, l’ombre d’une ramure.


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