Janua Vera

JAWORSKI Jean-Philippe

Article publié le mercredi 4 juin 2008 par Philémont
Mis à jour le lundi 9 juin 2008

Quatrième de couverture :

Chaque nuit, Leodegar le Resplendissant se réveille en hurlant dans son palais. Quelle est donc l’angoisse qui étreint le conquérant dans son sommeil ? S’agit-il d’un drame intime, ou bien de l’écho multiple des émotions qui animent le peuple du vieux royaume ? Désenchantement de Suzelle, la petite paysanne, devant la cruauté de la vie ? Panique de maître Calame, le copiste, face aux maléfices qui somnolent dans ses archives ? Scrupule d’AEdam, le chevalier, à manquer aux lois de l’honneur ? Hantise de Cecht, le housekarl, confronté aux fantômes de la forêt ? Appréhension de Benvenuto, le maître assassin, d’être un jour l’objet d’un contrat ? Ou peurs primales, peurs fondamentales, telles qu’on les chuchote au Confident, qui gît au plus noir des ténèbres… À travers sept destins se dessine une géographie du vieux royaume, de ses intrigues, de ses cultes, de ses guerres. Et de ses mystères, dont les clefs se nichent, pour beaucoup, dans les méandres du cœur humain.

Jean-Philippe Jaworski, né en 1969, est l’auteur de deux jeux de rôle : Tiers Âge et Te Deum pour un massacre. Il conjugue une gouaille et un esprit des contes de fée à la Peter S. Beagle, avec l’astuce et le sens de l’aventure d’un Alexandre Dumas.

« Dans ses récits à la langue raffinée, il tient les chroniques d’un monde dont on aurait aimé qu’il fût le nôtre, qui mêle les brumes d’or de Tolkien à une histoire médiévale rêvée. Mais dans les cités impossibles, dans les batailles ou les intrigues politiques, l’auteur réserve sa tendresse aux gens du peuple, paysannes, soldats abandonnés, ruffians des quais, à ceux qui vivent vraiment dans ce monde, et qui ont toujours plus à perdre qu’à gagner. » (Laurent Kloetzer)

L’avis de Philémont :

Janua Vera est un recueil de sept nouvelles se déroulant dans un univers médiéval imaginaire : le royaume de Leomance.

La première nouvelle, qui donne son titre au recueil, est une nouvelle intimiste consacrée au fondateur du royaume. Le Roi-Dieu Leodegar le Resplendissant y est soudain pris d’insomnies consécutives à des rêves qui l’amènent à s’interroger sur lui-même et son règne. C’est finalement à l’issue de ce qu’il a mené toute sa vie, une bataille, qu’il trouve réponse à ses questions, la porte de ses rêves.

Les six autres nouvelles se déroulent environ un millénaire plus tard, alors que le Leomance est démembré et qu’il est désormais surnommé le Vieux Royaume.

Mauvaise donne est probablement, avec Jour de guigne, le texte le plus ludique du recueil. Il est consacré à Benvenuto Gesufal, assassin de la Guilde des Chuchoteurs, qui se trouve mêlé à une tortueuse machination politique.

Le service des dames est un hommage appuyé à Chrétien de TROYES. Il raconte l’histoire du chevalier AEdam qui se met au service d’une Dame afin de laver son honneur bafoué.

Une offrande très précieuse est consacré à Cecht, un guerrier confronté à la défaite et qui se réfugie dans la violence extrême. Une rencontre le conduit toutefois à faire un travail de mémoire qui va lui rendre la paix intérieure, et lui faire éprouver de la compassion.

Le conte de Suzelle est un texte dans la plus pure tradition du conte populaire. Enfant, Suzelle rencontre dans la forêt un mystérieux inconnu qui lui promet de lui offrir une fleur lors de leur prochaine rencontre. Suzelle attendra cette dernière toute sa vie, et c’est à son crépuscule qu’elle se produira.

Jour de guigne est un hommage à la Fantasy parodique de Terry PRATCHETT, se démarquant en cela des autres textes du recueil. Ici point d’atmosphère sombre ni de personnages déchirés ; au contraire, on est dans le burlesque, avec l’archiviste maître Calame, victime d’un sort de malchance mal effacé sur un parchemin destiné à être réutilisé (le Syndrome du Palimpseste).

Le confident est à l’opposé du texte précédent. C’est en effet la nouvelle la plus sombre du recueil, mettant en scène un moine du culte du Desséché (la Mort) qui a fait voeu d’obscurité. Et c’est lui-même qui raconte sa vie, nous ouvrant les tréfonds de son âme et nous dévoilant l’horreur de sa condition.

Au travers de ces sept nouvelles, le Vieux Royaume n’apparaît pas comme un univers de Fantasy traditionnel. Au contraire, il est éminemment réaliste et semble inspiré d’une Histoire médiévale légèrement décalée. Les scènes de combat, notamment, sont particulièrement bien rendues. Mais c’est aussi lié au fait que les histoires qui s’y déroulent sont simples et/ou mettent en scène des personnages parfaitement humains, tant physiquement que psychologiquement.

Et puis Jean-Philippe JAWORSKI est manifestement un fin connaisseur du Moyen Age et le démontre grâce à un vocabulaire choisi. Il est aussi doté d’une très belle plume, capable de jouer avec une large palette de sentiments et de styles.

En d’autres termes, Janua Vera est une première oeuvre d’une qualité exceptionnelle et Jean-Philippe JAWORSKI un auteur français à suivre désormais de très près.


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