Fahrenheit 451

BRADBURY Ray

Article publié le lundi 24 décembre 2007 par Cyrallen

Quatrième de couverture : (collection folio SF n°3)

451 degrés fahrenheit représente la température à laquelle un livre s’enflamme et se consume. Dans cette société future où la lecture, source de questionnement et de réflexion, est considérée comme un acte antisocial, un corps spécial de pompiers est chargé de brûler tous les livres dont la détention est interdite pour le bien collectif.

Montag, le pompier pyromane, se met pourtant à rêver d’un monde différent, qui ne bannirait pas la littérature et l’imaginaire au profit d’un bonheur immédiatement consommable. Il devient dès lors un dangereux criminel, impitoyablement pourchassé par une société qui désavoue son passé.

Quatrième de couverture : (Collection Présence du Futur éd. Denoël)

Appel à tous les limiers-robots : Recherchez cet homme. Nom : Montag. Signes particuliers : Refuse le bonheur obligatoire et rêve d’un monde perdu où la littérature ne serait pas bannie. Cet ancien pompier est un dangereux criminel : au lieu de brûler les livres, il les lit.

Le chef-d’œuvre de Ray Bradbury, dont François Truffaut a écrit et réalisé l’adaptation cinématographique avec pour vedettes Julie Christie et Oskar Werner.

Ray Bradbury est né en 1920 à Waukegan. Sa famille émigre à Los Angeles en 1934. Après avoir terminé ses études en 1938, il gagne sa vie en vendant des journaux tout en commençant à écrire. Il publie son premier conte en 1940. A également écrit des scénarios pour le cinéma, dont celui de Moby Dick (John Huston) et adapté nombre de ses nouvelles pour la télévision.

L’avis de Jim : (attention spoiler)

Exemple même de dystopie, monde sans liberté, Fahrenheit 451, à ranger à côté de 1984, fait partie de ce qu’on appelle un classique. Quel sens pour "classique" ? Un livre que l’on oublie pas, qui marque et qui trouble. C’est le cas de Fahrenheit 451.

Au delà de la description de cette dystopie, Bradbury écrit un émouvant plaidoyer sur l’avenir de l’homme, son refus de penser, son intérêt pour la raison dans son sens "pascalien". Le monde de Fahrenheit 451 est un monde où la lecture est interdite, la pensée et la réflexion le sont aussi par conséquent.

Exemple même d’anticipation brutale, glaciale et vraisemblable, Fahrenheit 451 indique le chemin le plus rapide vers la tyrannie et l’asservissement de l’homme.

Bradbury raconte comment Montag vit, décrit la société débilitée par les écrans omniprésents. Un simple aperçu de notre société "moderne" et du chemin qu’elle emprunte où l’image vide le cerveau des personnes.

Puis le doute s’installe dans la tête du pompier. Les livres, la réflexion, le savoir, tout lui apparaît différemment. Le doute, premier pas vers l’intelligence. Seul, Montag doit fuir, pourchassé par les limiers, immondes représentation du pouvoir policier et du contrôle de l’état sur l’individu. Une fin magique, ou la résistance de l’humanité est représentée par l’apprentissage et la mémorisation des livres.

Fahrenheit 451 est un roman hors du temps. Humble, lyrique et cruel. Les hommes y sont décrits et chacun d’entre nous est potentiellement exploitable et manipulable. La fin de ce roman touche profondément, pose les questions qu’il faut, et l’ensemble du livre est un chef d’œuvre. Un classique donc.
Voir l’adaptation au cinéma de Truffaut, 1967.

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L’avis de Philémont :

Sur Terre, dans un futur indéfini, mais manifestement pas si lointain, la vie est régie par les machines qui ne peuvent qu’apporter le bonheur… Fahrenheit 451 est une vive critique de la société moderne sous la forme d’un constat alarmiste : elle est en ruine spirituellement. Et ce n’est pas parce que l’auteur est américain, et qu’il a écrit ce roman en pleine guerre froide, qu’il faut y voir un plaidoyer anticommuniste. C’est bien la société industrielle et urbaine qui est dénoncée, plus qu’un régime politique quel qu’il soit.

La première des critiques est celle du style de vie et des rapports entre les hommes. La ville où Ray Bradbury nous fait évoluer est froide et tentaculaire. La publicité est partout, toute spontanéité a disparu. En fait, le conditionnement est total, la délation des comportements déviants omniprésente. Les livres, qui sont au cœur de l’intrigue, ont totalement disparu de l’univers des hommes. Par conséquent, comme le dit Jim plus haut, la pensée et la réflexion n’ont pas lieu d’être, et l’homme n’a plus aucune force créatrice en lui. A sa place c’est la machine qui est toute-puissante. Et tout ce qui s’oppose à elle est irrémédiablement supprimé.

Ray Bradbury dénonce également la laideur et la vulgarité qui accompagnent inévitablement un tel mode de vie. C’est une impression prégnante de la première à la dernière page du roman. C’est plus particulièrement représenté par Mildred, la femme du personnage principal, dont le conditionnement l’a fait atteindre le stade ultime de la bêtise, devenue désormais la norme.

Quelle solution dans un tel univers ? Bradbury nous propose un retour en arrière, presque un retour à l’état sauvage. La guerre imminente est forcément la fin d’un cycle ; c’est donc également le début d’un nouveau cycle pendant lequel les survivants reconstruiront, laborieusement, une nouvelle civilisation. En d’autres termes, la pauvreté et la pureté évangélique sont le seul recours.

Fahrenheit 451 a donc un côté moraliste et pastoral, dans le sens religieux du terme, que l’on peut lui reprocher. Il n’en demeure pas moins un très beau roman de science fiction, profondément humaniste, superbement écrit et rythmé. Un classique.

Extraits :

1 - "Fahrenheit 451", la température à laquelle un livre s’enflamme et se consume…

2 - Beatty serra la main molle de Montag. Montag était toujours assis dans son lit, paralysé, comme si la maison était sur le point de s’écrouler sur lui. Mildred avait disparu du seuil de la porte.

- Un dernier mot, dit Beatty. Une fois au moins dans sa carrière, tout pompier est démangé par l’idée de savoir ce que racontent les livres. Oh ! Cette envie de se gratter, hein ? Eh bien, Montag, crois-moi sur parole. J’en ai lu quelques-unes dans le temps, pour savoir de quoi il retournait… Les livres ne racontent rien. Rien que tu puisses croire ou enseigner aux autres. Si ce sont des romans, ils parlent d’êtres qui n’existent pas, de produits de l’imagination.
Dans le cas contraire, c’est encore pire. Chaque professeur traite l’autre d’idiot. Chaque philosophe essaie de brailler plus fort que son adversaire. Ils galopent tous dans tous les sens, obscurcissant les étoiles, éteignant le soleil. On en sort complètement perdu.

"Maintenant, supposons qu’un pompier, par accident, sans intention définie, emporte un bouquin chez lui."
Montag réprima un léger sursaut. La porte ouverte le regardait avec son grand oeil vide.
"Erreur bien naturelle. La curiosité, simplement, dit Beatty. Nous ne nous inquiétons pas outre mesure. Nous laissons le livre à celui qui l’a pris pendant vingt-quatre heures. Ensuite, s’il ne l’a pas brûlé de lui-même, nous venons le brûler pour lui."
- Bien entendu, dit Montag, la bouche sèche.


Réactions sur cet article

  • Fahrenheit 451
    12 juillet 2010, par Ellcrys

    J’avais souvent entendu parler de ce roman de science-fiction, dans divers magazines littéraires, dans des émissions culturelles ou par des lecteurs. Mais je ne m’étais encore jamais sentie prête pour le lire. Avec ma nouvelle envie de lecture de l’imaginaire (fantastique, fantasy et science-fiction), le désir de me plonger dans ce roman est venu, comme une évidence, d’autant plus que j’avais le roman de Ray Bradbury dans ma bibliothèque depuis quelques mois.

    Guy Montag est un pompier, mais pas tel que nous les connaissons aujourd’hui. Les pompiers de ce roman allument des feux, au lieu de les éteindre. Mais que brûlent-ils ? Des livres… Car dans la société du futur que nous présente l’auteur, les livres sont considérés comme des horreurs, des inutilités… La société futuriste imaginée par Ray Bradbury condamne le questionnement et la réflexion (considéré comme antisocial, propagande de la paresse mentale), d’où l’anéantissement des livres (qui eux poussent à la réflexion, au questionnement, au débat…). Les pompiers sont donc chargés de brûler les livres, cachés par des citoyens, faisant acte de résistance. Mais un évènement et une rencontre (avec Clarisse McClellan) « réveillera » Guy Montag et lui fera prendre conscience que la vie, la vraie n’est pas celle qu’on les oblige à vivre ; et que les livres, l’accès à la culture sont des plus important.

    Ce livre est un vrai bijou. Commençons par le style de l’auteur. J’aime beaucoup sa manière d’aborder les choses, de donner vie aux personnages. Sa plume délicate, poétique, mais toujours puissante et passionnante m’a conduite au cœur du roman, vivant, moi aussi dans cette société totalitariste. Le roman est brillamment construit, je n’ai pas trouvé de longueur, ni de passage inutile. Tout y est essentiel, important…

    J’ai été choqué par la société imaginée par Ray Bradbury. J’ai été choqué par la tendance à être un troupeau, déconnecté de la réalité, de la population. Ray Bradbury a créé une société totalitaire comme il en a existé plein et comme, malheureusement, il en existera toujours. Déjà dans le passé les livres étaient brûlés en place public, car jugés comme sataniques, détournant les femmes, les hommes et les enfants du droit chemin. Encore aujourd’hui, dans certains pays lire un livre n’est pas permis à tout le monde, et certains livres sont interdits. Même dans les démocraties, certains livres, même s’ils ne sont pas interdits, sont estimés dangereux et immoraux par certaines personnes, certaines communautés (exemple de la critique des sept tomes d’Harry Potter de JK Rowling par l’Eglise catholique) ou encore l’interdiction des Versets sataniques de Salman Rushdie, qui est l’objet d’une fatwa. Ainsi l’œuvre de Ray Bradbury est un livre d’anticipation très réaliste.

    L’individualisme est le moteur de la société de Fahrenheit 451. Chacun vit pour soi, se contentant seulement de vivre de choses futiles, inutiles, mais tout en suivant l’avis général ; les gens me font penser à des moutons mener bêtement par un berger totalitaire (le gouvernement). En lisant ce roman, je n’ai pas pu m’empêcher de pensé à la montée du totalitarisme nazi et aux autodafés. Terrible. Ce qui m’a aussi frappé, dans ce roman, c’est que le livre de Ray Bradbury, publié la première fois en 1953, montre une société qui ressemble beaucoup à la nôtre. Combien de fois ne me suis-je pas écrié « mais c’est pareil, ici, aujourd’hui… », « C’est tout à fait ça maintenant, ici… ». Ainsi Ray Bradbury a inventé, avant l’heure les écrans plats géants (les murs écrans), les baladeurs mp3 (les coquillages bourdonnant)… il avait vu la place immense que tiendrait la publicité dans les sociétés consommatrices, il avait vu l’expansion de la mondialisation… Pas de « happy end » dans ce livre, qui semble montrer par-là, que pour que l’humanité change et devienne « meilleure », il faut qu’elle soit d’abord anéanti…

    Vous l’aurez donc compris, cette œuvre est un grand classique du genre. Un ouvrage passionnant et très bien écrit. Tant le thème abordé que la plume de Ray Bradbury m’ont plu, m’ont intéressés. J’ai passé un moment passionnant de lecture, car au-delà du divertissement, se livre amène à la réflexion. Si vous ne l’avez pas encore lu, n’hésitez plus, car je pense que même les lecteurs qui ne sont pas du tout attirés par la science-fiction, seront captivés par ce roman.




 
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