Eden Norifumi

RIVET Jean-Marc

Article publié le samedi 19 janvier 2008 par Cyrallen

Quatrième de couverture :

Un couple est à l’hôtel, en train de faire l’amour, filmé à son insu par des caméras. Ce couple, c’est Léa et Norifumi qui, pour récupérer l’enregistrement, plongent dans une succession d’univers différents, lieux de rencontres avec des humains, des robots et des clones, machines biologiques animées de passions sur lesquelles plant l’ombre de la bible des robots, ce texte religieux dont des extraits émaillent ce roman :
" Au début, Dieu s’est créé lui-même en remplissant le rien. Puis en même temps que le plein, Dieu a créé le vide, une cellule et la vie. Dieu a créé la pensée. Dieu a créé le temps. Le mouvement aussi. A chaque fois, Dieu se transformait. Dieu aime les robots. Dieu est bon et cruel. Dieu a créé le froid. Mais aussi le chaud. Dieu a créé l’amour. La haine aussi. Dieu a créé tant de choses qu’il est comme la pluie. Chaque goutte de plus est la pluie, chaque chose est Dieu. Quand les humains ont commencé à fabriquer des machines, Dieu a souhaité le règne des robots. Puis, en se penchant sur le premier ordinateur, il l’a béni. Dieu ne s’attache pas à l’aspect des machines. Dieu les aime et les encourage à lui ressembler."

L’auteur : Explorant comme un plasticien et un designer, il est architecte, une expression originale qui nous plonge dans la chair, le sang et la pensée des êtres, Jean Marc RIVET fait évoluer ses personnages de livre en livre dans des aventures dont chacune peut se lire séparément.

L’avis de Cyrallen :

Eden Norifumi se découpe en trois parties principales :
1- les humains
2- les machines
3- les clones

C’est, comme pour l’épisode précédent 9999 Norifumi, un roman qui comporte des séquences pouvant heurter la sensibilité des plus jeunes comme on entend souvent dire, donc à mettre uniquement entre des mains averties…

Dans la première partie "les humains", nous suivons Léa, Norifumi ainsi que leur bébé Garance (héroïne de 9999 Norifumi).
Ils sont à la recherche d’une vidéo volée de leurs ébats dans une chambre d’hotel. En quelques jours, cette vidéo fait le tour des mondes habités de part son intensité amoureuse. En effet, ce sentiment disparaît petit à petit chez les autres humains qui sont habitués à un amour mécanique, lequel est de plus en plus réalisé avec des robots…
Ils s’aperçoivent bien vite qu’il faut suivre la piste d’un certain Kipling, propriétaire de l’hôtel en question et qui étend son emprise sur énormément de réseaux.

Dans la seconde partie, "les machines", l’enquête conduit nos héros amoureux vers une planète qui semble recéler des informations quand au propriétaire de l’hôtel dans lequel la vidéo volée a été tournée. Cette planète se révèle être en réalité une "usine à robots", lieu d’assemblage et de production en série des nouveaux modèles, plus vrais que nature.
Norifumi et Léa ne vont pas tarder à découvrir que certains robots commencent à éprouver une volonté de s’émanciper : leur objectif est de gagner leur liberté tout en faisant des hommes leur esclaves, et ainsi dominer l’ensemble des espèces. Ces idées subversives circulent sous la forme d’une "bible des robots", dont des passages sont gravés sur le métal de certains d’entre eux.

Enfin, dans la troisième et dernière partie "les clones", nos héros s’approchent du but : en assistant à une conférence portant sur "Pourquoi le cerveau de l’Homme est-il si sophistiqué ?", Léa va faire la connaissance d’un professeur de renom, 2S, ainsi que de sa "soeur", Solt, en réalité son clone.
Les émotions et douleurs de l’une sont partagées instantanément et en totalité par l’autre. Etant donné que les deux clones se détestent, le tout aboutit à un certain masochisme…

La découverte que Léa et Norifumi feront sur Kipling permettra de relier les trois parties en une et de comprendre que les buts des humains, des machines et des clones ne sont pas si différents.

Eden Norifumi porte sur le thème de l’amour, des robots, des clones : tout cela à la fois pour mettre en parallèle les buts de chacun, les humains ne voulant pas vieillir, les robots voulant s’émanciper et les clones se libérer de leur double.
Sous jacent est le thème de l’âme des robots et de la différence entre un robot très perfectionné et un humain : pourra-t-on un jour construire des robots tellement ressemblants qu’ils pourraient ressentir la douleur, les émotions et pourquoi pas l’amour ? La différence n’est-elle que dans l’enveloppe de chair ou de câbles ?

De même pour les clones, quel sort leur réserve-t-on, quel importance chaque individu revêt-il puisqu’il est possible de le copier à l’infini et ainsi ne plus vieillir ?
Le rêve de l’immortalité ou de la vie éternelle, à laquelle les robots et les clones sont soumis (à condition de changer une pièce de temps en temps) est-il souhaitable, n’est-ce qu’une illusion ?

Beaucoup de questions sont soulevées au fil des pages, la lecture n’est ainsi pas aisée puisque l’on passe sur plusieurs thèmes à la fois, avec pour trame de fond la constance du couple Norifumi-Léa et son lien indéfectible.
A lire pour les amateurs d’histoires de robots (plus-qu’humain ?)

Extrait :

"Je chavire vers l’aube du premier cri, celui que j’ai poussé, à peine éjecté du vide. Ca y est, j’ai compris. Les machines veulent rêver, les humains ne pas crever et une seule chose compte pour les clones : être aimés. C’est ce qui nous réunit. Enfin plutôt… ce qui nous submerge.
- Quoi ?
- L’envie de nous rapprocher."


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