Aucune étoile aussi lointaine

LEHMAN Serge

Article publié le samedi 29 décembre 2007 par Cyrallen

Quatrième de couverture :

Depuis l’aube des temps, ils sont les rois de l’espace. Plus vite que la lumière, ils ouvrent des routes nouvelles, découvrent des mondes inconnus. Jusqu’au jour où dans toute la Voie, le temps des toboggans - ces portes qui permettent de passer en un instant d’un monde à l’autre - commence.

Celui des long-courriers de l’espace est terminé… Mais Arkadih, l’enfant-prince, l’héritier d’une dynastie millénaire d’explorateurs et de pionniers, Arkadih n’écoute personne. Depuis qu’il est né, il le sait ; il sera le plus grand pilote que le monde ait jamais porté.

Voici l’histoire d’un enfant qui devient un homme en brisant les chaînes de son propre destin. Inspirée des mythes marins et des aventures à la Kipling ou à la Conrad, elle retrouve le ton de la légende. Quant aux décors, c’est bel et bien l’océan… des étoiles.

L’avis de Cyrallen :

Aucune étoile aussi lointaine baigne à sa façon, parfois cruelle, dans une poésie latente, qui trouve son origine dans le destin d’Arkadih, incrusté à son insu dans la trame même de l’univers et du temps.

Les deux vies d’Arkadih, avant et après sa rencontre avec Cheele et son départ de Murmank, sont deux parties très différentes du roman, à tel point que le lecteur, après avoir goûté aux intrigues du Palais de Murmank, ressent véritablement les errances du héros livré à lui même au milieu des étoiles, sachant pertinemment que le décalage temporel l’éloigne de tout ce qu’il a connu.

En effet, la solitude d’Arkadih condamné à poursuivre le Noyau, est rompue uniquement par des escales dans des mondes étranges où les hommes sont absents ; ses désaccords avec l’Anubis, son vaisseau inquisiteur, viennent rendre son voyage à la limite du supportable.

De très bons passages comme celui sur la planète Hradek, gouvernée par une algue géante philosophe unique en son genre, qui a réussi à atteindre le stade ultime de l’évolution possible sur cette planète, et qui patiente jusqu’à son auto-destruction résultant de l’émancipation suicidaire de certains de ses rameaux…

Le thème principal est ainsi la solitude et les choix parfois illusoires qui sont mis à disposition de chacun, mais aussi et surtout l’accomplissement de son destin, irrémédiablement fixé à la manière des tragédies antiques.

Extraits :

1- A la machine, le jeune homme dit
Je cherche une route que nul ne connaisse
Un endroit vide, créé pour moi seul
Car je ne peux plus supporter ce que j’ai été
Le fracas, les flammes, les cheveux parfumés des femmes
Il me faut une étoile
Pour laver mon ombre et la jeter au loin

(…)
Au vieillard, la machine répondit
Toutes les routes sont connue
Toutes les mers sont des leurres
Le fracs, les flammes, les cheveux parfumés des femmes
Sont ce que l’on emporte en premier
A quoi bon tirer sur tes chaîne ? Il n’existe
Aucune étoile aussi lointaine

2- Eh ! Qu’est-ce qui se passe ?
- Un problème, capitaine ?
Arkadih s’assit et donna un coup de poing contre la paroi du caisson cryo. "Ce truc ne marche pas.
- Ah. Je comprends…" Hector émit un flash bleuté et se mit à tanguer sur son axe longitudinal. L’équivalent d’un rire. "Rassurez-vous, tout a parfaitement fonctionné. Vous avez dormi cinq cent trente-deux jours et deux heures trente-cinq minutes. Ensuite, le vaisseau s’est placé en orbite autour de Thoran - ce matin, à 0935 exactement - et il vous a réveillé. Il est maintenant 0939 et nous sommes le 2 mars 6691. Heureux de vous revoir, capitaine. Tout va bien à bord."
Arkadih s’extirpa du caisson, hébété. Son uniforme flottait à quelques pas de lui. Il l’enfila, en cherchant désespérément les signes qui auraient du trahir son long sommeil gelé. Mais il ne ressentait rien. Ses doigts n’étaient même pas gourds. Un an et demi plus tôt, il s’était allongé là. Il avait regardé le couvercle de plastique transparent se refermer sans bruit au-dessus de lui. Un gaz invisible et inodore avait fusé dans l’habitacle. Avec un soupir de soulagement, Arkadih avait fermé les yeux…
Puis les avait rouverts, en se demandant ce qui n’allait pas.
"Ce n’est pas normal…, murmura-t-il en s’engageant à grandes enjambées sur le pont de jour.
- Pas normal, capitaine ?"
Arkadih jeta un coup d’œil au drone qui planait derrière lui.
"Je veux dire : pas naturel. Évidemment, tu ne peux pas savoir ça. Mais quand on dort - je veux dire, nous les humains -, le corps se souvient. C’est une impression assez bizarre, d’ailleurs… Comme si on était resté conscient tout le temps - mais très très loin.
- Hum… Le sommeil cryogénique ne peut absolument pas laisser ce genre de traces, capitaine. Réfléchissez : ce dont votre corps se souvient, c’est de sa propre continuité métabolique. Le mouvement des poumons, le battement du cœur, la digestion, les sécrétions… Et les rêves, évidemment. Mais là, il ne s’est rien passé de tel. Le caisson vous a refroidi et tout s’est arrêté en vous - jusqu’à la plus petite activité cellulaire. Vous ne pouvez pas vous souvenir de quoi que ce soit. Et à mon avis, ça vaut mieux. Parce que dix-huit mois d’immobilité…" Hector plongea humblement vers le sol avant de redresser sa course. "Mais je ne suis qu’un drone".
Oui, songea amèrement Arkadih. Tu n’es qu’un drone.

3- Entre les hommes et les Davellins, il y avait une amitié vieille de deux mille cinq cents ans. Beaucoup d’historiens et de sociologies de la Voie pensaient qu’il s’agissait d’une surdétermination affective. Comme l’Anubis l’avait dit, les Davellins ressemblaient un peu à des chats (des chats d’un mètre cinquante de haut, au pelage lustré, capables d’alterner la marche sur deux ou quatre membres sans jamais cesser d’être gracieux et dont le fin visage triangulaire était éclairé par des yeux d’une profondeur infinie ; bref, des créatures magnifiques). Mais la chose remarquable était que, par un étrange effet de symétrie, les hommes ressemblaient beaucoup aux Taylis - de petits mammifères qui grouillaient sur le monde natal des Davellins, et pour lesquels ceux-ci éprouvaient une grande attirance. Tout s’était passé comme si chacune des deux nations avait découvert en l’autre une incarnation intelligente de ses animaux de compagnie favoris.


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