La folie de Dieu

AGUILERA Juan Miguel

Article publié le dimanche 16 décembre 2007 par Cyrallen
Mis à jour le vendredi 29 août 2008

En ce début de XIVème siècle, Ramon Llull, religieux et savant à la curiosité scientifique insatiable, accompagne un mercenaire catalan, marin et grand aventurier, à la recherche d’une cité de légende qui, six cents ans plus tôt, a sauvé l’Occident de l’invasion turque.

Loin de Constantinople, aux confins de la mer d’Aral et des grands déserts de sel, un choc culturel attend ces guerriers du Moyen âge…

Tout à la fois roman de voyage et roman d’aventure épique, impressionnante reconstitution historique et spéculation scientifique, La Folie de Dieu renouvelle un genre littéraire en le nourrissant d’images nouvelles. Il consacre la maîtrise narrative de Juan Miguel Aguilera, jeune écrivain espagnol déjà lauréat de nombreux prix littéraires dans son pays.

L’avis de F. < ;-D

Ne croyez pas la quatrième de couverture : la folie de Dieu n’est pas seulement un récit d’aventures historiques. Les premières pages respectent scrupuleusement les faits historiques avant de peu à peu, pencher vers le fantastique. Difficile de se retenir d’en dire plus de peur de trop en dévoiler. Il s’agit d’un roman superbe où alternent des scènes d’horreur à des scènes d’émerveillement, des scènes de violence à des scènes d’émotion. Tout cela est servi par une écriture agréable qui ne s’encombre pas de descriptions ou de scènes superflues. Une vraie réussite.


L’avis de Philémont :-))

Hérétique pour l’Inquisition, mais saint pour les Franciscains, pour ses adeptes il est le "Docteur Illuminé". Il s’agit de Ramon Llull, originaire de Majorque, qui vécut à la fin du XIIIème et au début du XIVème siècle. Il tenta de rapprocher les cultures juives, arabes et chrétiennes au travers d’une doctrine complexe et rigoureuse, qui demeure aujourd’hui anachronique pour les philosophes, mais dont notre culture est aujourd’hui largement empreinte. Il fut en effet le premier à faire parler philosophie, théologie et sciences à une langue autre que le latin ou le grec. Un exploit pour l’époque !

C’est un voyage de Ramon Llull que le livre de Juan Miguel Aguilera romance. Associé aux mercenaires de Roger de Flor, il veut retrouver le royaume du Prêtre Jean qui, dans le passé, a sauvé Constantinople. La rigueur de l’histoire s’arrête là, bien que de nombreux parallèles peuvent être faits entre la doctrine de Ramon Llull et la suite du roman.

Ramon Llull et ses compagnons vont effectivement trouver une cité où vit un peuple extrêmement évolué, que ce soit du point de vue technique ou d’un point de vue moral. Leur science leur a permis de bâtir des bâtiment colossaux (un barrage par exemple), des armes à feu puissantes, des bâtiments volants, des systèmes de télécommunication et ce que l’on appellerait aujourd’hui des ordinateurs. La médecine est également très développée et permet de soigner les nombreuses blessures que les épées de l’époque pouvaient infliger aux guerriers de tout poil.

D’un point de vue moral, les habitants de la cité montrent une tolérance à toute épreuve. Accueillants avec n’importe qui, la peine de mort est bannie de leur société, même dans le cas des pires exactions. Jamais ils ne font la guerre à leurs ennemis sans avoir essayé préalablement de parlementer. Ils sont également prêts à partager leurs connaissances et leurs richesses.

La lecture de ce roman est extrêmement plaisante. On est transporté d’un bout à l’autre aux frontières entre le récit de voyage, le fantastique, l’uchronie et la science fiction (pas la Fantasy selon moi). Sur de nombreux passages je n’ai pu m’empêcher de penser aux récits de Jules Verne (Vingt mille lieues sous les mers, Voyage au centre de la terre, etc).

Ce qui m’empêche de classer ce roman dans les chefs-d’œuvre c’est le fait que Juan Miguel Aguilera ne s’arrête pas assez sur la personnalité de Ramon Llull (c’est tout de même un personnage intéressant, non ?) Il est associé bien vite aux mercenaires de Roger de Flor, sans trop savoir pourquoi ; il comprend tout, et bien trop vite à mon goût, aux avancées de la cité du Prêtre Jean ; il se sort de situations périlleuses un peu trop facilement (les scènes d’action sont nombreuses mais trop brèves).

J’allais oublier ! On retrouve en début et fin de roman un personnage peut-être connu de certains lecteurs. Nicolau Eimeric, peut-être plus connu ici sous le nom de Nicolas Eymerich, l’Inquisiteur.

Écoutez moi bien alors ; voici l’histoire de mon dernier voyage : le récit de l’homme le plus étonnant qu’il m’ai été donné de connaître : Roger de Flor, aventurier et pirate. L’histoire de ses amis : Johannot de Curial, Ricard de Ca n’ et Sausi Crisanislao, et du fantastique voyage qu’ensemble nous avons entrepris vers des terres légendaires… […] Écoutez moi, car je suis maintenant très vieux, et je veux conter cette histoire avant qu’elle ne se perde dans ma mémoire, comme la carcasse d’un bateau tombant en poussière sur le sable, chaque nouvelle vague lui arrachant un morceau de plus ; jusque je ne sache plus avec certitude si tout cela est arrivé réellement, ou si ce ne fut que le produit de mon imagination… Écoutez moi, à présent…

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